DU MONDE. 35i
qu’elle ne pouvait subsister ; c’est ce qui obligea Newton à luisubstituer l’hypothèse de la gravitation universelle , qui a cessépresque entre ses mains d’être une hypothèse, par son accordadmirable avec les observations astronomiques les plus délicateset les plus singulières.
Les principes fondamentaux de ce système ont été expliquésdans un si grand nombre de livres, et avec tant de force et declarté , qu’il serait inutile d’en rien répéter ici. Je les supposeraitels qu’ils sont connus, réservant pour la fin de ce discours quel-ques réflexions générales sur ces principes même. Mon butprincipal est d’exposer d’abord le plus exactement et le plussuccinctement qu’il me sera possible, le résultat du travail deNewton, ce qui reste à ajouter à ce travail, et l’objet que je mesuis proposé dans cet ouvrage.
Je commencerai par la lune, parce qu’elle est, après le so-leil , celui de tous les corps de notre système qui nous intéressele plus; et parce que son mouvement est altéré par des inéga-lités plus nombreuses, ou du moins plus sensibles que cellesd’aucune des autres planètes.
La lune est attirée non-seulement par la terre, mais encorepar le soleil ; et c’est à cette dernière attraction qu’on doit attri-buer les irrégularités de son cours. Il faut pourtant remarquerque si l’attraction que le soleil exerce sur la lune était égale etparallèle à celle qu’il exerce sur la terre, ces irrégularités seraientnulles, du moins pour nous. Car l’effet de l’action du soleil surles deux planètes étant le même, elles se trouveraient dérangéesde la même manière par cette action ; ainsi quoique le mouve-ment de la lune dans l’espace absolu en fût altéré, son mou-vement relatif, c’est-à-dire son mouvement par rapport à laterre ne le serait pas : or ce dernier mouvement est le seul quenous ayons besoin de connaître , et dont il soit question ici. Lacause des irrégularités de la lune vient donc de l’inégalité et dela direction différente des deux attractions; et il n’est pas diffi-cile de comprendre ni la cause de cette inégalité, ni commentcette inégalité , jointe à la différence des directions, altère lesmouvemens de cette planète. La lune, par son mouvementautour de la terre , se trouve tantôt plus près, tantôt plus loindu soleil que la terre, et par conséquent, suivant les lois de l’at-traction, elle doit être tantôt plus, tantôt moins attirée par lesoleil que la terre; de plus il est aisé de voir que la lignemenée du soleil à la lune fait presque toujours un angle avec laligne menée du soleil à la terre, et qu’ainsi quand les deuxattractions seraient égales, leurs directions ne seraient presquejamais parallèles.