35a SUR LE SYSTÈME
Cela posé, au lieu de la force simple par laquelle le soleilattire la lune, on peut par le principe de la décomposition desforces en substituer deux autres ; l’une sera égale et parallèle àl’action du soleil sur la terre , et par conséquent ne produiraaucun dérangement dans l’orbite de la lune autour de la terre ;et l’autre sera celle par laquelle le mouvement de la lune estaltéré.
Mais si on est d’abord naturellement porté à regarder cettedernière force comme la cause des irrégularités de la lune, onne peut aussi en être pleinement convaincu qu’après avoir cal-culé les effets qu’elle doit produire , et après s’être assuré qu’ilsrépondent aux phénomènes ; autrement l’hypothèse newtoniennen’aurait aucun avantage sur l’hypothèse des tourbillons , parlaquelle on explique à la vérité bien des circonstances du mou-vement des planètes, mais d’une manière si incomplète, et pourainsi dire si lâche, que si les phénomènes étaient tout autresqu’ils ne sont, on les expliquerait toujours de même, très-souventaussi bien , et quelquefois mieux.
Newton ne s’est donc pas contenté de donner , dans le premierlivre de son ouvrage , une explication des principales inégalitésde la lune, suffisante à ceux qui en matière d’explications phy-siques se bornent à une espèce de coup d’œil général, et qui,s’imaginant être instruits sans qu’il leur en coûte , croient satis-faire en même temps la paresse et le désir de savoir. Commece grand homme écrivait pour l’avancement réel des sciences,il a jugé nécessaire d’entrer dans une discussion plus sévère , endéterminant la quantité précise des effets que la gravitation dela lune vers le soleil doit produire. C’est l’objet d’une partie dutroisième livre de ses Principes, Il y calcule plusieurs des inéga-lités de la lune, et les trouve conformes aux observations.
Rien ne paraît plus propre que ces calculs à assurer au sys-tème de Newton toute l’autorité que lui ont donnée tant de secta-teurs. Cependant, pour arriver dans cette matière au plus hautdegré possible de certitude, il faut que les calculs soient non-seulement exacts, mais appuyés sur des suppositions géomé-triques certaines ou évidentes par elles-mêmes; il faut de plusque le calcul et l’observation soient d’accord sur toutes les iné-galités de la lune. Si on se bornait à n’en examiner qu’un certainnombre , il résulterait sans doute du succès de ce travail uneprévention plus ou moins favorable, selon le nombre et 1 im-portance des points qu’on aurait discutés : mais le physicien sagesuspendrait encore son jugement : encouragé seulement par cepremier trait de lumière, il n’en mettrait que plus de soin àapprofondir le reste. Un seul article où l’observation démentirait