DU MONDE. 353
le calcul, ferait écrouler l’édifice , et reléguerait la théorie new-tonienne dans la classe de tant d’autres systèmes que l’imagina-tion a enfantés, et que l’analyse a détruits. \
On n’a point à craindre ici cet abus du calcul et de la géomé-trie, dans lequel les physiciens ne sont que trop souvent tombéspour défendre ou pour combattre des hypothèses , et dont nousavons nous-mêmes fait sentir les inconvéniens en plus d’uneoccasion. Les planètes étant supposées se mouvoir ou dans levide, ou au moins dans un espace non résistant, et les forcespar lesquelles elles agissent les unes sur les autres étant connues,c’est un problème purement mathématique que de déterminerles phénomènes qui en doivent naître ; on a donc ici le rareavantage de pouvoir juger irrévocablement de la validité dusystème newtonien, et cet avantage ne saurait être saisi avectrop d’empressement. Il serait à souhaiter que toutes les questionsde la physique pussent être aussi incontestablement décidées.
Les inégalités de la lune dont Newton a donné le calcul, dumoins dans un certain détail, sont en premier lieu celle qui estconnue sous le nom de variation, qui a été découverte par Ty-cho, et qui monte à 35' environ dans les octans, c’est-à-direlorsque le lieu de la lune est à 45° de celui du soleil ou de laterre : en second lieu, le mouvement annuel et rétrograde desnœuds, c’est-à-dire des points où l’orbite de la lune coupe l’é-cliptique; ce mouvement est d’environ ig° par an : en troisièmelieu , la principale équation ou inégalité du mouvement desnœuds qui monte à i° 3o’; et enfin la variation de l’inclinaisonde l’orbite lunaire au plan de l’écliptique, variation qui estd’environ 8 à 9 minutes , tantôt dans un sens, tantôt dans unautre. Dans ces calculs , qui d’ailleurs sont faits avec beaucoupde clarté et de précision , Newton suppose que l’orbite de la luneest à peu près une ellipse , dont il néglige même l’excentricité.Or il n’y a personne tant soit peu au fait de ces matières, quine sente que cette supposition aurait besoin d’être démontrée.11 est vrai que si 011 néglige plusieurs circonstances du mouve-ment de la lune, on trouve qu’en ayant même égard à l’actiondu soleil sur elle, elle décrit autour de la terre à peu près uneellipse (1) dont le grand axe est mobile. Mais toute cette figureelliptique s’évanouit, si on a égard aux circonstances négligées,circonstances très-importantes en elles-mêmes pour l’exactitudede la solution, et dont les principales sont les inégalités dumouvement de l’apogée et les variations de l’excentricité.
A l’égard des autres équations de la lune, il en est quelquesunes que Newton dit avoir calculées par la théorie de la gravita-it) oye* les Mémoires de l’Académie, î7 J3, p. 17.