DU MONDE. 355
tifere soit épuisée. Peut-être même , si on ose le dire, son illustreauteur n’a fait qu’en ébaucher les premiers traits. Mais la philo-sophie naturelle a tant d’obligations à ce grand homme, et ilmontre tant de génie et de sagacité dans les choses même où ila été le moins heureux, que nous ne devons point cesser del’admirer et de le regarder comme notre maître , même lors-que nous nous écartons de ses principes, ou lorsque nousajoutons à ses découvertes. Quelque lumière qu’il ait portée dansle système de l’univers, il n’a pu manquer de sentir qu’il laissaitencore beaucoup à faire à ceux qui le suivraient. C’est le sort despensées d’un grand homme, d’être fécondes non-seulemententre ses mains , mais dans celles des autres. Newton lui-mêmene s’est élevé si haut que par l’usage heureux qu’il a su faire dequelques principes trouvés avant lui, et dont les auteurs oun’avaient pas senti toute l’étendue , ou n’avaient pas eu le tempsde l’apercevoir. Il n’y avait qu’un pas de la méthode de Barrowpour les tangentes, au calcul des fluxions ; la théorie des forcescentrifuges dans le cercle , trouvée par Huygliens , et rapprochéede la théorie des développées du même auteur qui réduit toutesles courbes à des portions d’arc de cercle, conduit immédiate-ment et comme nécessairement à la théorie générale des forcescentrales sur lesquelles le système du monde est appuyé. Newtona fait le premier ces deux pas importans qui paraissent au-jourd’hui si simples; plus heureux où plus habile que Barrow etqu’Huyghens , il a, en généralisant seulement leurs principes,ouvert une carrière immense à l’avancement de la philosophie ;cependant, quelque loin qu’il ait été dans cette carrière , il nel’a pas à beaucoup près entièrement parcourue. L’accord singu-lier qu’il avait trouvé dans un grand nombre de phénomènesentre la théorie et les observations, a pu l’autoriser à penser quece même accord aurait lieu dans tous les autres cas ; mais il nenous dispense pas d’examiner si cette conséquence est exacte.D’ailleurs, quoiqu’il se servît de l’analyse très-fréquemment,et avec beaucoup d’adresse et de succès, il a marqué dans sesouvrages une sorte de prédilection pour la synthèse ; et la théo-né de la lune dépend d’élémens trop multipliés et trop com-pliqués, pour qu’il soit possible de la traiter sans employer lecalcul analytique.
Heureusement ce calcul a acquis depuis Newton diflerensdegrés d’accroissement, et étant devenu d’un usage tout à lafois plus étendu et plus commode, il nous met en état de per-fectionner l’ouvrage commencé par ce grand philosophe. Ilsuffit a sa gloire que plus d’un demi-siècle se soit écoulé sansqu on ait presque rien ajouté à sa théorie de la lune; et il y a