402 sur les lois
donner d’autres lois que celles que nous y observons ; dèsqu’on admet un être intelligent capable d’agir sur la matière,il est e'vident que cet être peut à chaque instant la mouvoir etl’arrêter à son gré, ou suivant des lois uniformes , ou suivantdes lois qui soient différentes pour chaque instant et pburchaque partie de matière; l’expérience continuelle des mou-vemens de notre corps nous prouve assez que la matière, sou-mise à la volonté d’un principe pensant, peut s’écarter, dansses mouvemens, de ceux qu’elle aurait véritablement si elleétait abandonnée à elle-même. La question proposée se réduitdonc à savoir si les lois de l’équilibre et du mouvement qu’onobserve dans la nature, sont différentes de celles que la ma-tière abandonnée à elle-même aurait suivies. Développons cetteidée. Il est de la dernière évidence qu’en se bornant à sup-poser l’existence de la matière et du mouvement, il doit né-cessairement résulter de cette double existence certains effets ;qu’un corps mis en mouvement par quelque cause , doit ous’arrêter au bout de quelque temps, ou continuer toujours à semouvoir ; qu’un corps qui tend à se mouvoir à la fois suivantles deux côtés d’un parallélogramme, doit nécessairement dé-crire , ou la diagonale , ou quelque autre ligne ; que quand plu-sieurs corps en mouvement se rencontrent et se choquent, ildoit nécessairement arriver en conséquence de leur impéné-trabilité mutuelle, quelque changement dans l’état de tous cescorps , ou au moins dans l’état de quelques uns d’entre eux.Or, des différens effets possibles, soit dans le mouvement d’uncorps isolé , soit dans celui de plusieurs corps qui agissent lesuns sur les autres, il en est un qui, dans chaque cas, doitinfailliblement avoir lieu en conséquence de l’existence seulede la matière , et abstraction faite de tout autre principedifférent qui pourrait modifier cet effet ou l’altérer. Voicidonc la route qu’un philosophe doit prendre pour résoudre laquestion dont il s’agit. Il doit tâcher d’abord de découvrir,par le raisonnement, quelles seraient les lois.de la statique etde la mécanique dans la matière abandonnée à elle-même ; ildoit examiner ensuite par l’expérience quelles sont ces lois dansl’univers; si les unes et les autres sont différentes , il en con-clura que les lois de la statique et de la mécanique , tellesque l’expérience les donne, sont de vérité contingente, puis-qu’elles seront la suite d’une volonté particulière et expresse del’Etre suprême; si, au contraire, les lois données par l’expé-rience s’accordent avec celles que le raisonnement seul a faittrouver, il en conclura que les lois observées sont de vériténécessaire; non pas en ce sens que le Créateur n’eût pu établir