4<4 SUR LES LOIS
tenir de cette manière de raisonner, parce qu’il nous a paruqu’elle porterait sur un principe trop vague ; la nature de l’Etresuprême nous est trop cachée pour que nous puissions con-naître directement ce qui est ou n’est pas conforme aux vues desa sagesse ; nous pouvons seulement entrevoir les effets de cettesagesse dans l’observation des lois de la nature , lorsque leraisonnement mathématique nous aura fait voir la simplicitéde ces lois, et que l’expérience nous en aura montré les ap-plications et l’étendue.
Cette réflexion peut servir, ce me semble, à nous faire ap-précier les démonstrations que plusieurs philosophes ont don-nées des lois du mouvement d’après le principe des causesAnales, c’est-à-dire d’après les vues que l’auteur de la naturea dû se proposer en établissant ces lois. De pareilles dé-monstrations ne peuvent avoir de force qu’autant qu’elles sontprécédées et appuyées par des démonstrations directes et tiréesde principes qui soient plus à notre portée; autrement il arri-verait souvent qu’elles nous induiraient en erreur. C’est pouravoir suivi cette route, pour avoir cru qu’il était de la sa-gesse du Créateur de conserver toujours la même quantitéde mouvement dans l’univers, que Descartes s’est trompé surles lois de la percussion. Ceux qui l’imiteraient, courraient risqueou de se tromper comme lui, ou de donner pour un principegénéral ce qui n’aurait lieu que dans certains cas , ou enfinde regarder comme une loi primitive de la nature, ce quine serait qu’une conséquence purement mathématique de quel-ques formules.
Après avoir donné au lecteur une idée générale de l’objetque je me suis proposé dans cet ouvrage , il ne me reste plusqu’un mot à dire sur la forme que j’ai cru devoir lui donner.J’ai tâché dans ma première partie de mettre , le plus qu’ilm’a été possible, les principes de la mécanique à la portéedes commençans; je n’ai pu me dispenser d’employer le calculdifférentiel dans la théorie des mouvemens variés ; c’est lanature du sujet qui m’y a contraint. Au reste, j’ai fait ensorte de renfermer dans cette première partie un assez grandnombre de choses dans un fort petit espace ; et si je ne suispoint'entré dans tout le détail que la matière pouvait compor-ter, c’est qu’uniquement attentif à l’exposition et au déve-loppement des principes essentiels de la mécanique, et ayantpour but de réduire cet ouvrage à ce qu’il peut contenir denouveau en ce genre, je n’ai pas cru devoir le grossir d’uneinfinité de propositions particulières que l’on trouvera aisé-ment ailleurs.