44 SUR LE MOUVEMENT
L’insuffisance du principe des forces vives pour conduire àune théorie lumineuse sur le mouvement des fluides, paraîtavoir été un des principaux motifs qui ont engagé le célèbreJean liernoulli à composer sa nouvelle Hydraulique , impri-mée en 1742? dans le recueil de ses œuvres. J’ai donné dansun article particulier le précis de la méthode de ce grand géo-mètre , et des difficultés qu’il m’a paru qu’on y pouvait oppo-ser. On verra, si je ne me trompe, par l’exposé que j’en aifait, qu’il reste encore dans la théorie de Bernoulli de l’incer-tain et de l’arbitraire. Son principe général se déduit d’ailleurssi facilement de celui des forces vives, qu’il paraît n’étre autrechose que ce dernier principe présenté sous une autre forme.Aussi cherche-t-il à confirmer sa méthode par des solutionsindirectes appuyées sur la loi de la conservation des forces vives.
Long-temps avant MM. Bernoulli, l’illustre Newton avaitdonné dans ses Principes un léger essai sur la matière dont ils’agit. Tout le monde connaît sa fameuse Cataracte. Maisquelque ingénieuse qu’en puisse être la formation, on ne peuts’empêcher de reconnaître qu’elle est fondée sur un grandnombre de suppositions purement gratuites, démenties presquetoutes par la théorie et par l’expérience. L’application et l’u-sage de mes principes , et les objections de Bernoulli contre cettemême cataracte, suffiront au lecteur pour juger de la véritéde ce que j’avance ici.
J’ose me flatter, si une aveugle prévention pour mon propreouvrage ne me séduit point, qu’on conviendra sans peine dela simplicité et de la fécondité des principes que j’ai substituésaux méthodes des géomètres que je viens de citer. Mon des-sein n’est point ici de déprimer le travail de ces grandshommes : mais les sciences telles que celle-ci, sont de nature àse perfectionner toujours de plus en plus : aidés des lumièresque les savans qui nous ont précédés ont répandues sur desmatières obscures , nous sommes quelquefois assez heureux pouravancer plus loin qu’ils n’ont fait dans les routes qu’eux-mêmesnous ont tracées; et si nous osons les combattre, c’est avec desarmes que nous tenons d’eux.
Je ne prétends pas cependant avoir surmonté toutes les dif-ficultés qu’il pouvait y avoir à vaincre dans une matière sidélicate. Il y a des cas oh les mouvemens des particules sont sisubits et si peu réguliers, qu’ils ne laissent, pour ainsi dire , au-cune prise au calcul, et que le problème demeure indéter-miné. Mais il me semble que ces difficultés naissent plutôt dufond du sujet et du peu de connaissances que nous avons sur lesfluides, que de la nature de ma méthode.