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Tome premier.
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4"?. RÉFLEXIONS

grand que ce temps même. Afin de le prouver d’une manièresensible, je suppose pour un moment qu’à ioo ans le risqued’avoir la petite vérole et d’en mourir, soit le même qu’il est àla moitié de l’intervalle entre 3o et i oo ans, c’est-à-dire à 65ans; et je dis que le désavantage du risque qu’on court à ioo ansest infiniment moindre que la moitié du désavantage du risquequ’on courrait à 65 , et qu’il sera même absolument nul ; parla raison que iooans étant supposés le terme de la vie humaine,il faudra mourir à cet âge , ou de la petite vérole, ou d’uneautre maladie.

3°. La difficulté d’apprécier le désavantage de succomber à lapetite ve'role dans un temps plus ou moins éloigné, devient plusgrande encore , si on considère que cette appréciation sera etdevra être fort différente pour chaque particulier , relativementà son âge , à sa situation , à sa manière de penser et de sentir,au besoin que sa famille , ses amis , ses concitoyens peuventavoir de lui. Je suppose, par exemple, qu’on annonce à quel-qu’un que s’il ne se fait inoculer, il mourra au bout de 20 ansde la petite vérole ; il est certain que ces 20 ans de vie dont ilest assuré , pourront lui être ou lui paraître plus ou moins avan-tageux relativement aux circonstances où il se trouvera placé ;et qu’il n’y aura peut-être pas deux individus qui apprécientégalement cet avantage. Il pourrait être si grand, que quand onne risquerait que 1 sur 5oo à se faire inoculer , et qu’on seraitassuré ensuite de vivre 4o ans ou davantage, on ferait un mau-vais marché de prendre ce dernier parti.

On voit par là combien il est difficile, pour ne pas dire impos-sible , d’apprécier le désavantage de mourir de la petite véroledans un temps plus ou moins éloigné du moment actuel d’oùl’on est supposé partir.

Je pourrais faire encore entrer dans le calcul une autre con-sidération qui doit certainement y influer beaucoup , et qui meparaît du moins aussi difficile à apprécier que les précédentes. Plusl’âge auquel on sera supposé courir le risque de la petite vérolesera considérable, plus le désavantage de mourir diminue parune nouvelle raison ; savoir, que durant le temps qu’on peut en-core espérer de vivre, on sera plus sujet aux infirmités, auxsouffrances , aux maladies qu’on peut regarder comme une es-pèce de mort anticipée ; ce qui doit rendre moins cher et moinsprécieux le temps qui pourrait encore rester à vivre. Mais jeveux bien mettre cet objet essentiel absolument à part, ainsi queles considérations relatives à la situation des particuliers , et quipeuvent, comme on vient de le voir, augmenter ou diminuerencore le désavantage. En faisant donc cette double abstraction,