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Tome deuxième.
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DES JÉSUITES. 61

îi la patrie réunie, ne formât une société nouvelle, avant mêmequ on fût en état de la combattre. La sagesse et l’honneur mêmedu gouvernement semblaient exiger que la jurisprudence à l’é-gard des Jésuites, quelle qu’elle pût être, fût uniforme dans toutle royaume. Ces vues paraissent avoir dicté l’édit par lequel ler oi vient d’abolir la société dans toute l’étendue, de la France, enpermettant d’ailleurs à ses membres de vivre tranquillementdans leur patrie, sous les yeux et sous la protection des lois. Plus-sent les intentions pacifiques de notre auguste monarque êtrecouronnées par le succès qu’elles méritent !

C’est sans doute pour mieux remplir ces intentions respecta-bles , que le parlement de Paris , en enregistrant le nouvel édit,a ordonné aux Jésuites de résider chacun dans leur diocèse , et dese représenter tous les six mois aux magistrats du lieu qu’ils ha-biteront. On ignore si les Jésuites déjà retirés dans les pays étran-gers, jugeront à propos de se soumettre à cette contrainte. Lemême arrêt leur défend d’approclier de Paris de dix lieues, cequi les relègue au moins à six lieues de Versailles , mais ne leurinterdit pas le séjour de Fontainebleau et de Compiègne , que lacour habite au moins trois mois de l’année. On a cru, sansdoute , que durant un si court espace de temps, leurs intrigues àla cour ne seraient point à craindre ; Dieu veuille qu’on ne sesoit pas trompé !

En bannissant les Jésuites par son premier arrêt, le parlementde Paris leur avait assigné des pensions pour leur subsistance ;cet adoucissement à leur exil paraissait à bien des gens une sortede contradiction. Pourquoi, disait-on, faciliter la retraite dansles pays étrangers à des sujets réputés dangereux, apôtres durégicide, ennemis de l’État, et qui en refusant de renoncer à lasociété , préfèrent leur général italien à leur souverain légitime ?Ce n’est pourtant pas qu’on doive blâmer avec sévérité cettecontradiction apparente; quand on la désapprouverait en rigueurlogique, ce qu’il ne nous appartient pas de décider, on devraitencore plus l’excuser en faveur de la loi naturelle, qui existaitavant qu’il y eût des jansénistes et des Jésuites. Ceux qui se sontlies à l’institut de la société, ne 1 ont fait que sous la sauve-garde de la foi publique et des lois ; s’ils ont refusé d’y renoncer,ce peut être par une délicatesse de conscience toujours respec-table , même dans les hommes qui ont tort : en les immolant àla nécessité qu’on a crue indispensable, de ne plus souffrir deJésuites en France, il eût été inhumain de les priver des besoinsJe la vie, et de leur interdire jusqu’à l’air qu’ils respirent. Aures , te , ces réflexions, bien ou mal fondées, n’ont plus lieu, dèsf I u °n permet aux Jésuites, sans rien exiger d’eux, de rester