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Tome deuxième.
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36 o ÉLOGE

rurent s’occuper beaucoup de cet ouvrage; ils en lurent mêmeau roi plusieurs morceaux ; mais ils s’abstinrent d’en rien don-ner au public ; persuadés que l’histoire des souverains, mêmeles plus dignes d’éloge, ne peut être écrite de leur vivant, sans quel’historien courre le risque , ou de se décréditer par la flatterie ,ou de se compromettre par la vérité. Despréaux ne s’était chargéqu’avec répugnance d’un travail si peu assorti à ses talens et àson goût. Quand je faisais, disait-il, le métier de satirique,que j entendais assez bien , an ni accablait d’injures et de me-naces y on me paie bien cher aujourd’hui jiour faire le métierd historiographe, que je n’entends point du tout.

Aussi la faveur dout il jouissait, bien loin de l’éblouir, luiétait quelquefois importune. 11 a dit souvent que le premiersentiment que lui inspira la fortune qu’il avait faite à la cour ,fut un sentiment de tristesse. Il croyait trop acheter les bienfaitsdu souverain par la perte de sa liberté , bien si précieux en ef-fet , et que toutes les jouissances de la vanité, ces jouissancesvides et passagères, ne peuvent remplacer auprès du sage.Despréaux cherchait à recouvrer peu à peu cette liberté si chère,à mesure que l’àge semblait l’y autoriser; et, les dix ou douzedernières années de sa vie , il cessa enfin lont-à-fait d’aller à lacour. Qu’trai-jej- faire, disait-il? je ne sais plus louer (17). Ilaurait pu cependant y trouver autant de matière à ses élogesque dans le temps oii il les avait prodigués avec moins de ré-serve. Ce n’était plus à la vérité les beaux jours de Louis-le-Grand;des jours de désastres et de larmes les avaient remplacés; etquelques années d’une guerre malheureuse faisaient oublier à lah rance même soixante années de victoires , tant célébrées parDespréaux et par cent autres. Mais Padversite ^ le vrai et Puni-que maître des rois , avait développé dans le monarque des ver-tus qu’une prospérité constante aurait étouffées. Louis XIV,vaincu de toutes parts, voulant aller combattre et périr à latête de sa noblesse , prêt à sacrifier jusqu’à son petit—fils pourdonner la paix à ses peuples , déployant dans les revers unegrandeur d’àme qui n’était qu’à lui, et dont il ne partageait lagloire ni avec ses généraux , ni avec ses ministres, n’était pasmoins digue d’être chanté par Despréaux , que Louis XIV surles bords du Rhin , ordonnant ce dangereux ppssage à une nom-breuse armée qu’il animait de ses regards, dictant ensuite lapaix à Nimègue avec trop de fierté , forçant enfin à se réunircontre lui l’Europe entière irritée de ses triomphes et accabléedu poids de sa gloire.

Quoique Despréaux ne se reposât sur personne du soin delouer ses ouvrages, il a plus d’une fois avoué que dans tout ce