DE DESPRÉAUX. 36 1
qu’il avait écrit , il restait un côté faible, et comme il s’expri-mait lui-piênie , le talon d’Achille, qu’aucun de ses ennemisn’avait pu trouver; il n’a jamais voulu s’expliquer davantage ;
ses commentateurs, car il en a déjà trois ou quatre, qui°nt bien le génie des commentateurs , se sont épuisés en raison-nemens dignes d’eux, pour découvrir ce côté faible (18). Des'hommes plus faits pour juger Despréaux, ont mieux rencontréc e talon d’Achille dans la partie du sentiment dont il parait avoire té privé. C’était, qu’on nous permette cette expression, uneespèce de sens qui manquait à cet illustre écrivain. Car si le poètedoit, avoir le tact sûr et le goût sévère pour connaître ce qu’ildoit saisir ou rejeter ; si l’imagination, qui est pour lui commele sens de la vue , doit lui représenter vivement les objets , etles revêtir de ce coloris brillant dont il anime ses tableaux, lasensibilité, espèce d’odorat d’une finesse exquise, va chercherprofondément dans la substance de tout ce qui s’olfre à elle, cesémotions fugitives , mais délicieuses , dont la douce impressionne se fait sentir qu’aux seules âmes dignes de 1 éprouver. On peut,*1 est vrai , désirer ce dernier sens à Despreaux ; mais il possèdes i supérieurement tous les autres , qu’à peine s’aperçoit-on dusens qui lui manque. On le regrette même d’autant moins,que les matières traitées par ce grand poète ne paraissent pasl’exiger ; je dis qu’elles ne paraissent pas l’exiger, et je megarde bien d’ajouter qu’elles eu interdisent l’usage. La sen-sibilité, ce présent de la nature, dirai-je précieux ou funeste,poursuit sans cesse, si l’on peut parler ainsi, ceux qui ont lebonheur ou le malheur d’être nés pour eu recevoir les impres-sions profondes. Aussi inséparable de leur existence que l'airqu’ils respirent, elle s’empare comme malgré eux de toutes leursproductions, elle les pénètre, elle y donne le mouvement et la'le , elle y répand surtout ce tendre intérêt qui fait aimer l’au-teur et jouir de son âme encore plus que de son génie (il)),^eut-on connaître par un exemple frappant la différence que lec harme ou la privation du sentiment peut mettre dans deux ou-vrages? La fable de la Mort et du Bûcheron a été mise en versPar La Fontaine et par Despréaux ; qu’on les compare ensemble.Éa sensibilité respire à chaque vers dans la fable de La Fontaine;c haque vers de celle de Despréaux semble flétri par la scchc-*esse (20).
Ce défaut de sensibilité rendit absolument nul pour notre8 r and poète le mérite si touchant de Quinault, et si bien sentiP ;| r notre siècle , qui semble vouloir venger cet auteur char-mant du peu de justice que lui ont rendu ses contemporains ;biste et tardive récompense du talent oublié ou persécuté du-