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Tome deuxième.
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3G4 ÉLOGE

à changer de forme , audacieuse et entreprenante quand elle secroit protégée , souple et insidieuse quand elle craint d’ètre re-connue , humble et rampante quand elle se voit démasquée.Mais si chaque siècle abonde en tartufes, chaque siècle n’a pasun Molière ; il est plus dillicile à la nature de produire en cegenre des peintres que des originaux. On pourrait être étonné ,d’après ces réflexions, qu’un sujet de salire si favorable et si fé-cond ait été négligé par Despréaux , qui en a traité de bien moinsiniporlans. Il y a quelque apparence que la supériorité de lacomédie de Molière le détourna d’un travail si propre à exercersa verve ; on voit même qu’il résista sur ce point aux sollicita-tions de ses amis. Un d’enlre eux , qui aimait la bonne chère ,et qui se piquait de s’y connaître, sachant qu’il travaillait à laSalin; du Festin, lui représenta très-sérieusement que ce n’étaitpas là un sujet sur lequel il dût plaisanter. Choisissez plutôt leshypocrites, lui disait-il avec chaleur, vous aurez tous les hon-nêtes gens pour vous; mais pour la bonne chère , croyez-moi,ne badinez point là-dessus.

Dans cette même pièce adressée à Molière sur la difficulté detrouver la rime , si le fond n’est pas assez digne de celui à quielle était adressée , les détails contiennent des leçons dont l’uti-lité doit faire oublier le peu d’intérêt du sujet. On y trouve sur-toutdeux vers bien remarquables. Despréaux dit en parlant d’unbon écrivain :

Et toujours mécontent (le ce qu’il vient île faire ,

II plaît h tout le inonde , et ne saurait se plaire

Voilà, lui répondit Molière , une des plus grandes vérités quevous ayez jamais dites. Molière avait bien raison. L’auteur leplus justement applaudi surprendrait beaucoup, et peut-êtrehumilierait ses censeurs les plus acharnés , s’il faisait lui-mêmela critique sévère de ses ouvrages. Combien d’endroits faiblesdont il est le seul confident, et qui sont, pour d’autres yeuxque les siens , une espèce de mystère soigneusement renferméentre son amour-propre et lui ! On ne doit jamais être plus do-cile pour son censeur que lorsqu’il met le doigt sur ces plaiessecrètes , et qu’on peut dire : il m'a deviné.

Despréaux écrivait ordinairement, ses ouvrages en prose avantque de les mettre en vers (a5). On assure que Racine en usait demême pour ses tragédies. La nature du génie de ces deux grandspoêles, formé d’une heureuse combinaison de verve eide sagesse»les aulorisaità cette marche lente et mesurée. Mais ce ne serait p a ’un conseil à donner à tous ceux qui écrivent en vers. Combienen est-il dont les productions seraient desséchées dans l pnr