DE DESPRÉAUX. 365
germe par cette méthode propre à faire avorter plus d’un poêle?Que celui dont le pas est ferme et sûr sans être tardif et pesant,suive et achève pas à pas sa route; que celui qui , en modérantsa marche, la rendrait chancelante et pusillanime, s’élance dansla carrière en courant : la sage lenteur de Raphaël eut énervéla vigueur du Tintoret, et le travail rapide de l’auteur des Mé-tamorphoses eut été mortel à Y Enéide.
Despréaux, trop supérieur et trop vrai pour vouloir paraîtrece qu’il n’était pas , ne se piquait nullement d’être philosophe,dans l’acception même la plus innocente qu’on puisse aujour-d’hui donner à ce mot. Cependant on lui est redevable d’uneplaisanterie qui, dictée par les seules lumières du bon sens , n’apas été moins utile à la vraie philosophie , que ses autres ou-vrages l’ont été au bon goût (26). C’était un arrêt burlesquereudu en faveur de l’Université, contre une inconnue nomméeLa Raison , tpi cherchait a s’introduire dans les écoles. Cetteplaisanterie prévint l'effet des démarches que les partisans de lavieille philosophie se préparaient à faire pour éterniser sonrègne , démarches qui auraient peut-être eu le malheur d’êtrepunies par le succès ; et l’arrêt burlesque empêcha un arrêt ridi-cule. Les magistrats , heureusement pour eux , avaient alors àleur tête, dans le premier président de Lamoignon, un homme debeaucoup d’esprit, que le progrès des lumières n’effrayait pas ;ils se souvinrent, avec un remords salutaire, d’un autre arrêttrop réellement rendu cinquante années auparavant , et pourlequel la qualification de ridicule serait trop douce ; arrêt quidéfendait, sous peine de la vie, de rien enseigner de contraireaux ouvrages approuves; et ces ouvrages approuvés étaient ceuxoù dominait le péripatétisme ^>.7). Quelques lois de cette espèceauraient suffi pour ramener le siècle de Louis-Ie-Grand à celuide Louis-le-Jeune , et pour précipiter dans la barbarie cetteMultitude toujours prête à y retomber, si on ne la soutient parde fortes lisières.
On a imprimé Y Arrêt burlesque avec les variantes des diffé-rentes éditions, et ces variantes sont très-remarquables. On y'oit les suppressions que Despréaux avait été obligé de faire àoette plaisanterie quand il la publia pour la première fois; tant
faut prendre de précautions avec les sottises accréditées ! AMesure que l’auteur se sentit plus accrédité lui-même, et queCe lte inconnue nommée la Raison, dont il réclamait les droits ,oraiguit moins de se compromettre , il fut moins timide sur lestûenagemens ; il fit d isparaître, peu à peu, dans les éditionssuccessives de Y Arrêt burlesque, les adoucissemens et les pallia-1 s - La raison fit dans cette circonstance, si j’ose employer une
2 - 24