Band 
Tome deuxième.
Seite
367
JPEG-Download
 

DE DESPRÉAUX. 3fi 7

réglement dos mœurs jusqu’à outrager la nature et son sexe pardes passions honteuses, madame Dacier croyait bien la défendre,en répondant froidement quelle avait eu des ennemis. Ennuyéquelquefois des rodomontades érudites du mari et de la femme,si prodigues d’encens pour tout ce qui avait l’honneur d’êtreancien, et de mépris pour tout ce qui avait le malheur d’êtremoderne , Despréaux leur disait dans ses accès de franchise etd’impatience : Je ié appelle gens d’esprit que ceux dont les pen-sées leur appartiennent , et dont le mérite ne se borne pas àentendre les pensées des autres. Il ne faisait pas plus de grâceaux traductions pesantes ou insipides de ces chefs-d’œuvre del’antiquité qu’il admirait avec tant de raison , et que Dacier, quiprétendait les admirer aussi, avait si cruellement défigurés dansnotre langue. Justement blessé de les voir ainsi travestis et dé-gradés , Despréaux applaudissait à la comparaison que faisaitmadame de La Fayette, d’un mauvais traducteur avec un valetsans esprit, qui, porteur d’un message intéressant, répète detravers ce que son maître l’a chargé de dire (3o).

Fontenelle , qui avait des liaisons avec Perrault, et qui étaitpersuadé d’ailleurs que la littérature devait, comme la philoso-phie , secouer le joug de l’autorité, et ne souscrire que par con-viction à l’admiration même de vingt siècles, s’était déclarécontre l’adoration aveugle de Pindare et d’Homère, avec unefranchise et une liberté qui lui aliéna Despréaux (3i)^ Néan-moins ce même Fontenelle , toujours modéré dans ses opinions,avouait sans peine que Perrault avait été trop loin , et qu’il nefallait pas souscrire sans réserve à toutes ses assertions. Aussidisait-on de Fontenelle , qu’il avait été le patriarche d’une sectedont il n’était pas. Mais l’inexorable Despréaux , trop dévouéau x anciens pour soulfrir qu’on fût seulement tiède à leur égard,110 vit dans l’ami de Perrault que leur ennemi déclaré ; il lettaita comme le voyageur traite la cigale qu’il rencontre parmides sauterelles , et qu’il écrase avec elles impitoyablement, parÉ seule raison qu’elle a le malheur de se trouver dans une com-pagnie qui lui déplaît. Le poète harcela le philosophe par desSa lires, dont le philosophe conserva le ressentiment jusqu’à lade sa vie, lors même que sa gloire n’avait plus rien à craindre;Ca r Fontenelle, qui, par modération ou par prudence, ne seve n ge a it jamais et sé plaignait rarement, oubliait encore moins.

est vrai que Despréaux ne fut pas assez juste à son égard. Ce11 t1a 't pas encore à la vérité le Fontenelle de l’Académie dessc 'enc eS) c’élaitmême l’auteur de ces Lettres du chevalier d’Er***H 11 d avait écrites étant encore à Rouen, sa patrie, lettres oùl’es-I ll t semble avoir pris à tâche d’oulrager le bon goût, et dont on a