DE DESPRÉAUX. 3S9
exclue d’une autre poésie que de la poésie noble, ou meme en est-elletoujours exclue ?
C’est aux vrais poètes, et non à ceux qui en usurpent le titre, quenous demandons la solution nette et précise de ces questions. Serait-cepour n'avoir pas envisagé et développé ces questions sous toutes leurslaces , que les gens de lettres sont encore partagés sur plusieurs autresquestions qui tiennent aux précédentes : s’il peut y avoir de poésie sansversification , et réciproquement de bonne versification, sans poésie ?s’il y a une langue poétique, au moins chez la plupart des peuplesmodernes ? si la prose poétique doit être admise ou rejetée ? s’ilpeut y avoir des poèmes en prose ? s’il J'aul traduire les poètes enprose ou en vers ?
(it) S’il y a une distance énorme Aes Frères ennemis à liritannicus ,la distance est bien plus grande encore de la tragédie des Frères enne-mis , toute faible qu’elle est, aux premiers vers que lit Racine à Port-Royal , et qu'on peut voir dans les mémoires de Racine le fds sur la viede son père. On y trouve, sur les beautés champêtres de cette maison ,des stances dignes de Sainl-Atnand , et un sonnet digne de lîenserade,et dans lequel on lit entre antres ce vers sur l’Aurore :
Fille du jour, qui nais devant ton père;
vers fait pour une énigme ou pour un rébus, mais dont sans doute lejeune poète se savait alors très-bon gré. Quand on aura lu ces vers ,où le bon goût est blessé à chaque ligne , et où l’on n’aperçoit pas mêmele plus faible germe de talent, 011 jugera combien les conseils les plussévères étaient nécessaires à Racine . pour lui donner cette pureté etcette finesse de goût qui ajoute tant de prix à ses ouvrages. Que de gé-nérations , si l’on peut parler de la sorte, se sont écoulées entre l’au-teur de Phèdre et celui de ces stances et de ce sonnet ! que. le grandlia cine était loin d 'être né ! Si Despréaux l'eût alors connu , vraisem-blablement il lui aurait conseillé, tout juge éclairé qu'il était, de re-noncer pour jamais à la poésie, à laquelle il paraissait si peu destiné;°t quelle perte irréparable la littérature n’eût-clle pas faite ? utile avis11 Ceux que les jeunes poêles consultent sur leurs premiers essais , de nePoint s’opposer trop fortement à leur ardeur naissante , même lorsqu'ellene paraît pas justifiée par leurs premiers efforts, de laisser faire lanature , de croire qu’elle en sait plus que nous, qu’elle trouvera bienÉ secret de démêler le génie où il est, de le tirer des ténèbres quiEnveloppent, et où l'oeil même le plus pénétrant ne le découv re pas,0l 'jours. Les grands poètes sont si rares , que pour en avoir un bon , ilbmt souffrir qu’il s'en élève vingt mauvais , comme Dieu promettait au-bclois, si l'on peut se permettre celte comparaison, de pardonner à toutell,le ville coupable, s’il s’y trouvait seulement dix justes. Despréauxn<î connut Racine que par I ode intitulée : la Renommée aux Muses,'noms mauvaise , à la vérité , que ces vers de Port-Royal, niais où il serait