DE DESPRÉAUX. 399
4es vers de passion et de sentiment, ces vers de l'opéra de Bellcro-p/ion :
L’amour trop heureux s'affaiblit ;
Mais l’amour malheureux s'augmente.
On lui a répondu avec raison qu’il y aurait peut-être plus de senti-ment dans ces vers du même opéra, où cependant il n'y en a guère en-core :
Qu’il est doux de trouver dans un amant qu’on aimeTJu époux que l’on doit aimer!
Qu’on joigne à ces jugemens de Despréaux en matière de sentimens ,quelques vers d’amour qu’il a eu le malheur de faire , entre autresceux-ci :
Mon cœur, vous soupire» au nom de l’infidèle ;
Avez-vous oublié que vous ne l’aimez plus?
et on sera surpris qu’il n’ait pas pardonné à l’auteur de Thc'tis et Peléeles vers suivans, qui sont à peu près dans le même genre :
Mon cœur s’est engagé sur l’apparence vaincDes feux que tu feignis pour moi;
Et je veux m’en punir en m’imposant la peineD'en aimer une autre que toi.
Si nous remarquons ces peLites taches dans les ouvrages ou dans lesjugemens de Despréaux, ce n’est pas pour affaiblir l’hommage dû à cegrand poète, mais pour montrer à quel point les hommes du mérite leplus rare sont circonscrits dans leurs talens, et quelquefois dans leurgoût. Lui-même d’ailleurs se rendait justice, et convenait avec la fran-chise , qui sied si bien aux écrivains supérieurs , qu’il ne réussissait pasdans les petits ouvrages. C’est en lui un mérite de plus d’avoir senti etsurtout avoué que ce talent lui manquait ; la perfection du mérite au-rait été de ne point prostituer son génie à des productions faites pour ledégrader; mais le comble de la sottise dans scs éditeurs, est d’avoirconservé ces avortons indignes d’un tel père, et que lui-même ne re-connaissait pas pour ses eufans légitimes. Nous ne conseillerions pour-tant à personne de retrancher ccs insipides bagatelles dans les éditionsqu’on pourra faire à l’avenir. Le public, qui se serait consolé très-aisé-1,l ent d’en être privé , ne veut plus qu’on les lui enlève dès qu’une fois°n les lui u abandonnées. 11 est rarement avide de ce qu’on ne luidonne pas , mais toujours avare de ce qu’il a une fois en sa possession.
Quoique Despréaux passât aisément condamnation sur scs petits ou-Vl ’ages, il en avait pourtant fait quelques uns où il croyait s’èlre sur-passé , et qui n’étaient pas même, comme la prédilection de Fauteurpourrait le faire croire, des épigrammes satiriques. 11 était surtout fortattaché à tut sonnet sur la mort d’une jeune personne de ses parentes ,'lu on peut lire dans ses œuvres, et où il croyait avoir mis toute la ten-tasse possible. « Ou ne m’a pus, écrit-il à Drossette, fort accablé d’éloges