402 NOTES SUR L’ÉLOGE
jet, pur un autre poète très-célèbre , Jean-Baptiste Rousseau , qui ,
aussi dépourvu de sensibilité que l’était Despréaux, a réussi tout aussi ,
mal.
Le malheur vainement à la mort nous dis/iose ;
On la brave de loin, de près c’est autre chose.
Un pauvre bûcheron , de mal exténué,
Chargé d’ans et d'ennuis, de forces dénué,
Jetant bas son fardcan , maudissait «es souffrances,
Et mettait dans ]a mort toutes ses espérances.
Il l’appelle; elle vient. Que veux-tu? villageois,xlh ! dit-il, viens m’aider h recharger mon bois.
« Despréaux, dit Racine le lils , composa la labié du Bûcheron dans» sa plus grande force, et, suivant scs termes , dans son bon temps. Il» trouvait cette fable languissante dans La Fontaine. Il voulut essayer» s’il uc pourrait pas mieux faire, sans imiter le style de Marot, désap-» prouvant ceux qui écrivaient dans ce style. Pourquoi, disait-il, em-» prunter une autre langue que celle de son siècle ? »
On ne conçoit pas où est la langueur que Dcsprcaux trouvait dans la |fable de La Fontaine, encore moins eu quel endroit de cette fable La Fon-taine a employé le style de Marot. Le jugement qu’on prête ici à Des-préaUx est si étrange, qu’il est très-vraisemblable que Racine le fils aété mal servi par sa mémoire.
A la tête de la fable de La Fontaine , dont le sujet est pris d’Esope, onlit ces mots écrits par l’auteur même : Nous ne saurions aller plus loinque les anciens ; ils ne nous ont laissé pour noire part que la gloirede les bien suivre. Le bonhomme s’exprime avec cette modestie, ouplutôt cette simplicité , à l’occasion d’une fable où il est bien supérieurà Esope , comme dans presque toutes les autres. C'est encore ce même jLa Fontaine qui, dans la préface de son livre , cite Quintilien pour éta- ^blir quelques principes sur la fable , et ajoute : Il ne s’agit pas ici d’enrapporter la raison, c’csl assez que Quintilien l'ait dit. On ne peut iguère pousser plus loin la foi littéraire. Rions un moment de cette su- Iperstitiou , mais sachons les fables par cœur. La Fontaine , a très-bien idit un écrivain moderne , changea le ton de l’apologue, quoique , parrespect pour l’antiquité , if n’osât se l’avouer. Son génie , moins timideque ses principes , opéra cette révolution à l'insu de l’auteur.
S’il est vrai, comme on l’a reproché à Despréaux , qu’il ne sentait pasassez tout le mérite de La Fontaine, ne pourrait-on pas en accuser l’in—llexible sévérité de son goût, plus austère que délicat, et peu sensible au* ,grâces négligées et fugitives ? On s'étonne , avec raison, que le nom de■ La Fontaine ne se trouve dans aucun de scs vers, lorsqu'on y rencontreceux de Racan et de Segrais ; était-ce oubli, était-cc projet? ()n dit plus,on prétend qu’il avait La Fontaine eu vue dans ces vers de l 'Art poè'tique , qui en effet peuvent le désigner •.
C’est peu «l’étre agréable et charmant dans un livre,
Il faut savoir encore et converser et vivre. '