DE DESPRÉAUX. 4o3
Mais en supposant que ce trait regarde La Fontaine , k premier des deuxvers suffirait pour montrer combien Despréaux estimait , au moinscomme poète, cet écrivain inimitable. D’ailleurs, s’il n’a point parlé deLa Fontaine dans ses vers , il nous a laissé , dans sa dissertation sur Jo~coude, un monument de son estime pour lui, puisqu'il ne balance pasmême à le préférer à l’Arioste. C’est plus que n’en peuvent demanderles justes admirateurs de notre charmant fabuliste. Mais Despréaux, qui,jusqu'à la fin de sa vie, fit des additions et des corrections à scs ouvragesdans les diverses éditions qu'il en publia, ne devait-il pas , dans le secondchant de son Art poétique, où il parle des dillêrenlcs espèces de petitspoèmes , ajouter sur la fable et sur La Fontaine quelques vers tels qu’ilsavait les faire? Ces vers eussent infiniment mieux valu que deux ou troislabiés de sa façon , où il semble avoir voulu jouter contre le bonhommeavec aussi peu de succès dans scs efforts , que «le justesse dans les criti-ques «pj’il a faites de notre divin fabuliste. En voici un nouvel exemple :
Des préaux et La Fontaine ont tous deux mis en vers , outre la fable duFùcheron, celle de l’Iluître et des Plaideurs ; et quoique dans cette der-nière fable La Fontaine ne laisse pas Despréaux aussi loin derrière lui quedans la première, il y conserve toujours sa supériorité. Nous renvoyons110 s lecteurs à ces deux fables. Celle de La Fontaine a encore été critiquéepar Despréaux. Dans la fable de ce dernier, qui se trouve à la fin de saseconde epître, c’est la justice qui se présente la balance à la main,pour mettre les deux plaideurs d’accord ; et dans celle de La Fontainec’est Perrin Dandin qui arrive pour le mémo objet. Despréaux préten-dait que la faille de La Fontaine manquait de justesse , parce qu’au lieude la justice, il avait mis un juge, sous le nom de Perrin üandin, quiavale l’hüître. Ce ne sont pas, disait-il, les juges seuls qui causent «lesIrais aux plaideurs ; ce sont tous les officiers de justice. Nous laissons auxgens de goût à décider si celte critique n’est pas une chicane ; nous leurdemanderons de plus , si Desprcaux a été lui-même à l'abri do la censureen représentant les gens de justice par la justice en personne , la ba-lance à la main, et s’il y a rien qui ressemble moins à la justice avec sabalance, que les gens de justice avec leurs mains avides . Il nous sem-ble , dussions-nous être condamnés comme blasphémateurs, que la jo-lie fable de La Motte , intitulée le fromage , et quia le même objet àpeu près que celle de l’huître, est bien préférable à celle de Despréaux ;car nous n’osons la comparer à celle de La Fontaine.
Despréaux faisait une autre critique sur la fable du Corbeau et du Re-nard. Il voulait que La Fontaine eût fait dire au corbeau par le renard,omn beau chanteur, au lieu de mon bon monsieur. Nous osons en-core n’êlrc pas de sou avis, et nous croyons que mon bon monsieurest une raillerie plus douce et par conséquent plus fine de la bêtise ducorbeau, que mon beau chanteur ne 1 aurait été de sa vanité. 11 y aa pparencc ijue Lu Fontaine pensait de même , puisque , malgré la cri-ffipie de Despréaux , il ne changea rien à sa fable. l’eut-êlre Desprcaux ,e» proposant mon beau chanteur au lieu de mon bon monsieur, cLùt-il