DE DESPRÉAUX. /fog
prétendus gens de goût sur les détestables productions qu’ils encensaient,et de mettre la nation dans la route du naturel et du vrai dont elle étaitsi éloignée.
On dit que Molière ayant lu le Misanthrope à Despréaux , et ce der-nier ayant donné à cet ouvrage les éloges qu’il méritait, l’auteur lui ré-pondit , vous verrez bien auh'e chose. Sans doute il voulait lui parlerdu Tartufe, qui dès-lors était commencé , et qui est le chef-d’œuvre deMolière et du théâtre français.
(24) Quand je vous lis mes ouvrages , disait Despréaux à un Mécènequi se croyait un grand Aristarquc , ce ne sont pas vos critiques que jecrains , ce sont celles que je me fais à moi-même.
Un amateur qui avait envie , comme le Bourgeois gentilhomme , de seconnaître aux belles choses , et à qui la nature n’avait pas donné demerveilleuses dispositions pour celte connaissance, se plaignait un jourà notre grand poêle de ne pas entendre quelques endroits de scs ou-vrages ; ce. n’est pas ma faute, répliqua brusquement Despréaux.
Cependant, quelque soin qu’il donnât à scs vers , quoiqu’il ail été, dit-on , plusieurs années à en faire quelques uns, à chercher même une rime,quoiqu’il répétât souvent, pour justifier la lenteur qu’il mettait à publierscs ouvrages , le public ne s’informera pas du temps que j’y aurai mis,J 1 n’aimait pas à entendre dire que ses vers lui coûtaient. Il lança mêmeOn trait de satire contre un magistrat qui s’était permis cette remarque ,6t qui pourtant s’était bien gardé de lui en faire expressément un re-proche. Despréaux reconnut bicntdt, dans ce trait de satire , l’injusticed’un amour-propre trop chatouilleux , et il l’effaça dans les éditionssuivantes '.
Mais en pratiquant le précepte qu’il a donné, si j’écris quatre mots,i en effacerai tmis , il n’a pas imité d’autres poètes , qui souvent ont faitleurs vers plus de changemcns que de corrections. Ce travail aride'1 une révision sévère, travail plus d’une fois mortel à d’autres ouvrages,Oe faisait qu'ajouter de nouvelles beautés aux siens ; et on ne pouvaitPas lui faire le mémo reproche qu’à ces prétendus maîtres de littérature,'(oi abondamment pourvus de roideur et de sécheresse , achèvent à forcerabot, qu’on nous passe cette expression moins noble et plus proprel<; i que celle de lime, d’ôter à leurs minces productions le peu de subs-'■mec que le hasard pouvait y avoir mis ou laissé.
Bien n’est donc plus injuste que ces deux vers par lesquels les ennemisUespréaux croyuientle caractériser :
Boileau polit un vers qu’il croit rendre sublime ,
Mais en vain ; et son vers est plus dur que sa lime.
^Barinonlel a dit avec bien plus de vérité et de justesse :
Et son vers.poli, bien tourne,
A force d’art rendu simple et facile,
’ J'o jez l’édition de 1747, t. 1, p. 3 | 5 .