DE DESPRÉAUX. 4 1 c,
Ils se seraient consolés sans doute de cette lin savante, en croyant mou-rir au lit d’honneur.
Despréaux, malgré son peu d’estime pour M. et madame Dacicr, fai-sait plus de cas de la femme que du mari. C'est un homme, disait-il de cedernier, qui fuit les grâces, et à qui les grâces le rendent. Et lorsqu’ilparlait des ouvrages que le couple savant donnait en commun , il préten-dait que dans leurs productions d’esprit, madame Dacier était le père.Cette plaisanterie de Despréaux lui donna de l'humeur contre 1 abbéTallemant, qui avait mis le mot du poète en très-mauvais vers. Nous lesrapporterons comme un modèle rare de ridicule.
Quand Dacier et sa femme engendrent de leurs corps,
Et que de ce beau couple il naît enfans , alorsMadame Dacicr est la mère $
Mais quand ils engendrent d’esprit,
Et font des enfans par écrit,
Madame Dacicr est le père
Les pesans admirateurs et commentateurs de l’antiquité , qui se traî-nant , comme Dacicr, lourdement à sa suite , méprisent et insultent lesmodernes , ont été comparés par un philosophe, à ces valets insolens ,qui, tout glorieux d’être au service d’un grand seigneur étranger, mon-tentfièrement, la canne à la main, derrière le carrosse de leur maître.La comparaison , ajoutait ce philosophe, pourrait être plus noble , maispeut-être n’en convient-elle que mieux aux pédans orgueilleux qui ensont l’objet ; car le maître qu’ils servent est bien étranger pour eux, etils n’en sont pas moins prêts à tomber grossièrement et lourdement surceux qui oseraient lui témoigner quelque irrévérence.
(5o) Parmi les ouvrages de Despréaux les plus estimés, il en est undont nous n’avons point parlé dans son éloge, parce que le fond n’en estpas à lui, et que d’ailleurs il n’est écrit qu’en prose ; il mérite cependantque nous en fassions ici une mention particulière ; c’est sa traduction du1’rai té du sublime de Longin, Les ennemis de notre poète ont reproché'* cette traduction des contre-sens ; critique peut-être hasardée sans delortes preuves ; mais ce qu’ils auraient dû ajouter, s’ils avaient vouluc tre justes , c’est que l’ouvrage se fait lire avec beaucoup de fruit et dePlaisir , tant pour le mérite de l’original, qui contient d’excellens pré-Ce ptes d’éloquence , que par celui de la traduction même , écrite aveccorrection et avec pureté, quoique peut-être on y put désirer plus d’élé-gance et des grâces. Ce qui la rend surtout recommandable, ce sont les
1 Ces vers valent pour le moins ceux où le plat rimeur Desforges Maillard;i peint si élégamment un poète par ce rébus ingénieux :
Père de mille enfans qu’il ne faut point chausser,
Quoique leurs pieds soient en grand nombre,
Lroirait-on que celui qui faisait de pareils vers ait c’tc loué par ce mêmeJean-Baptiste Rousseau, qui a dénigré la Henriade cl Zaïre? Auteurs etrtJ is , ûci-vons aux louanges !