DE DESPRÉAUX. 49.1
fuient supérieur de son ami pour la satire, ces beaux vers de Bajazet,ou l'expression du mépris est en même temps si éloquente et si éner-gique :
JAimbécilc Ibrahim, sans craindre sa naissance,
Traîne, exempt de péril, une éternelle enfance;
Indigne également de vivre et de mourir ,
On l’abandonne aux mains qui daignent le nourrir.
Une autre preuve moins équivoque du caractère satirique de Racine ,o est l’épigramme qu’il lit contre le Se'soslris de Longcpierrc , quoiqu’ilO ignorât pas que ce poêle , à la vérité très-médiocre , lui donnait hau-tement la préférence sur Corneille , ce qui pouvait exiger de la part deRacine quelque reconnaissance , ou du moins quelque ménagement pourson panégyriste. Ce malheureux Longepierre , zélé partisan des grandsécrivains de l’antiquité qu’il n’imitait guère, avait le malheur de neplaire ni à leurs partisans , ni à leurs détracteurs , et d'être en but auxinjures des uns et des autres. On connaît l’excellente épigrannne de Rous-seau contre lui, qui vaut bien mieux que celle de Racine.
Le penchant de Racine à la satire , penchant que toute sa dévotion*te réprimait pas , fit soupçonner très-injustement d’hypocrisie la piété<le ce grand poète. De là le couplet contre lui inséré dans un noël dutemps , et qu’on attribue à Fontcncllc ,
Le célèbre RacineAprès eux arriva ;
D’une modeste mineD’abord il s’écria :
Seigneur, de ces pécheurs , détourne ta colère!
Et sa dévotion, doudou,
Chacun édilia, la la,
Hors l’enl'ant et la mère.
Despréaux , si nous en croyons Racine le fils , avait conlrjbué à faire^ntir à son ami le danger des épigrammes. Il aurait donc pu lui dire^«îmc Agamemnon à sa fille ;
Je vous donne un conseil qu’à peine je reçois.
R ne pouvait, ajoute Racine le lils , assez admirer comment son ami,lue b, nature portait aux plus fortes passions , avait toujours pu en mo-dérer la violence, ce qu’il attribuait aux senlimcns de religion dontl! '>cine était pénétré. La raison , disait Despréau x, conduit ortlinaire-!" c "l les autres hommes à la foi, c’est la foi qui a conduit Racine àa 'oison. Elle aurait dû le conduire aussi à la bonté ; mais la médisancele péché que les dévots se permettent le plus , qu’ils regardent meme'j"elquefois comme une œuvre méritoire, et presque comme une vertueu r état. Ils vous prouveront en cas de besoin, dit Racine lui-mêmet <<tls Ull e de ses lettres contre Port-Royal, que la raillerie est permise ,
,( e les Pères ont ri, que Dieu même a raillé.