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DE DESPRÉAUX. 4 2 3
et les talons de Voiture ? La moins mauvaise de ces deux raisons fait peud’honneur à nos anciens confrères '.
( 53 ) Quelque dévoué que fût Despréaux à ces écrivains illustres , iln’adoptait pas leurs opinions, même purement littéraires. Il taisaitgrand cas du célèbre auteur des Essais (Montaigne), qu'ils ont tantmaltraité , et dont la philosophie vraie , énergique et profonde , nous aun peu refroidis sur la leur , souvent commune , quelquefois exaltée , ettoujours verbeuse.
Le marquis de Sévigné, homme de beaucoup d’esprit et de goût,jugeait avec une sévérité philosophique digne de notre siècle, ces écri-vains jansénistes que tout le monde admirait alors. « Pour les Essais» de morale , dit-il dans une lettre à sa mère, je vous demande très-» humblement pardon , si je vous dis que le Traité de la connaissance» de soi-meme me paraît distillé , sophistiqué , galimatias en quelques» endroits , et surtout ennuyeux presque d’un bout à l’autre... l’ouvez-» vous mettre en comparaison le style de Port-Royal avec celui de Pas-» cal ? C’est celui-là qui dégoûte de tous les autres. Nicole met une» quantité de belles paroles dans le sien ; cela fatigue et lait mal à
* la fin ; c’est comme quelqu’un qui mangerait trop de blanc-manger;11 voilà ma décision. » Et dans une autre lettre écrite à madame deGrignan sa sœur : « Je vous soutiens , lui dit-il, que le premier traité» des Essais de morale de Nicole vous paraîtrait tout comme à moi,» si la Marans et l’abbé Testu ne vous avaient accoutumée aux choses» fines et distillées... De tout ce qui a parlé de l’homme et de l’intérieur» de l’homme , je n’ai rien vu de moins agréable ; et ce ne sont pas là de» ces portraits où tout le monde se reconnaît. Pascal, la logique de» Port-Royal, et Plutarque et Montaigne parlent bien autrement ; cclui-
* ci parle , parce qu’il veut parler , et souvent il 11’a pas gi and’chose" à dire. » Ce jugement est sans doute trop rigoureux. Peut-être même11 y a-t-il pas assez de justesse dans les reproches que M. de Sévignélait ici à l'auteur des Essais de morale, chez qui 011 trouve plus d'idéesCommunes et délayées souvent dans un style un peu lâche, que d’idéesh'U's et distlllr.es . Mais le marquis de Sévigné est au moins louable'l’avoir eu le courage de dire franchement et fortement son avis sur undateur devant lequel toute la France était prosternée , dans un temps oùMontaigne était regardé par la multitude avec une sorte de mépris. Sil °Us ceux qui sont faits pour juger imitaient ce courage, au risque même'É se tromper quelquefois dans leurs juge mens, la philosophie et lalittérature seraient moins ensevelies sous une masse de préjugés qui les'lévorent.
Le marquis de Sévigné n’était guère plus favorable aux opinions théo-
. ' Il est très-possible qn'après la mort de Louis XIII l’Académie ait eu deb'stes craintes d’être immolée à la liaine de la cour cl de la nation contreuehelieu, et que Voiture ait plus contribué à sa conservation que le chancelier"“guicr, qui avait alors à craindre pour lui-même.