4?» NOTES SUR L’ÉLOGE
de leur montrer le lieu où logeait la mollesse, comme il avait dit dansson Lutrin. Montrez-la-moi vous-mêmes , mes pères, leur répondit-il,■car c’est vous qui la tenez cachée avec grand soin '.
(3G) L’ennuyeuse et triste épîlrc sur Vamour de Dieu, que les seulsjansénistes lisent encore aujourd’hui , et qui par conséquent a bien peude lecteurs , était pourtant un des ouvrages que Despréaux affectionnaitle plus , ainsi que la satire sur Y équivoque , enfant faible et chéri de lavieillesse d’un grand poète. H mettait ces deux fruits informes et lan-guissons de sa verve au nombre de ses meilleures productions. Ce n’estpas tout-à-fait la place que le public leur a donnée. Il chérissait surtoutsi tendrement la satire sur Yéquivnque, où la morale des jésuites étaitencore indirectement attaquée, qu’ayant reçu une défense du roi, sol-licitée par ces pères, d’insérer cette satire dans une édition qu’il pré-parait de ses œuvres , il aima mieux abandonner son édition que de lapriver d’un tel ornement. Il n’affectionnait guère moins la satire sur lesfemmes , que la critique et le goût sont bien éloignés de ranger parmi leschefs-d’œuvre de l’auteur. On prétend que cette satire contre les femmeslut de la part de Despréaux un ouvrage de dépit : un mousquetaire,dit-on , lui enleva dans sa jeunesse une maîtresse qu’il croyait aimer , etqu’il voulait épouser “. Il ne le pardonna jamais aux femmes; et s’ou-blia jusqu’à dire dans la satire contre elles, en parlant des femmes hon-nêtes et vertueuses ,
Dans l’aris, il est vrai, si je sais bien compter,
Il eu est jusqu’à trois que je pourrais citer.
A la rigueur, ajoutait-il, il y en a peut-être davantage. Quoi qu’ilen soit de la finesse de cette plaisanterie, il eut grand soin , dans la satiredont nous parlons , démettre madame de Maintenon à la tête de ces troisprodiges de leur sexe. li laissa à deviner les deux autres. Cependant,malgré les mesures qu’il avait prises pour assurera son ouvrage une pro-tection si puissante , le déchaînement contre cette satire lut si violent etsi général, que tout aguerri qu’il claiL aux critiques et aux injures, il fu 1abattu et presque découragé des traits qui pleuraient sur Initie toutesparts. Racine le consolait de son mieux. Rassurez-vous, lui disait-il <vous avez attaqué un corps très-nombreux, et qui n’est que langues >
1 On raconte que le poète Santeuil, bien connu par plusieurs traits dà'S'travagance, se trouvant à Cîteaux, pria aussi les moines tic lui montrer ,appartement tic ht mollesse, si bien décrit par Despréuux : Vous y êtes, l” 1répondit un moine, mais la mollesse n’y est filas; c’est en eu moment l afolie qui l'habite.
’ Bacine le fils prétend que Despréaux n’a jamais eu de maîtresse, et ii , tt Ti " tde sa vie songé au mariage : on ajoute que les morsures «l’un coq qu’il cssu.V'dans son enfance, l’avaient mis hors tl’état d’y songer jamais. (Voyez le Cb° 1 /des anciens Mcrcures, t. Ü5, p. dp.) Cette anecdote, vraie ou fausse, 1apparemment ignorée des ennemis acharnés et nombreux que le satiriq 11 ^s’était faits. Ils avaient là un sujet d’épigramme bien précieux pour leur veugeauce.