DE DESPÏÏF.AUX. 43r
Temcnt offensés dans scs écrits , il n'eut pas une seule boule noire. Sesennemis craignirent de faire mal leur cour en marquant un desseinformé tic l'exclure ; quelques uns d’entre eux se bornèrent à lui refuserleur suffrage dans le scrutin des billets , ce qui signifiait seulementqu’ils lui en préféraient d'autres , mais non qu’ils s’opposaient à son élec-tion. Ils ne crurent pas devoir pousser la liberté plus loin ; et ces mêmeshommes qui donnèrent à La f ontaine sept boules d’exclusion pour sescontes , et pas une seule à Despréaux pour ses satires , firent voir par cetrait de prudence , dit un courtisan amer et caustique, qu7/s avaientété élevés dans la crainte de Dieu , et surtout dans la crainte du roi.
Un académicien, pour se soulager de'la violence qu’il s’était faite enconsentant à l'élection de Despréaux, fit l’épigramme suivante contre sondiscours de réception :
Roileau nous dit dans son écritQu’il n’est pas né pour l’éloijucnce ;
Il ne dit pas ce qu’il en pense,
Mais je pense ce qu’il en dit.
H eût été plus juste de compatir à l’embarras du récipiendaire pourlouer tant d'hommes qu’il avait maltraités, et de sentir que , dans cettecirconstance épineuse , Yéloquence n’eût été guère de saison. L’orateuren avaiL moins besoin que d astuce, mais à la vérité d’une astuce déli-cate et légère , pour échapper au défilé ou il se trouvait, et dont il ne setira pas fort heureusement. Sou discours n était qu un tissu de sarcasmestnal déguisés , qui déplurent à ses confrères , et ne plurent guère à sesauditeurs.
(38) Après la mort de Colbert, la pension qu’il avait fait donner àCorneille lut supprimée, quoique ce grand homme fût pauvre, âgé ,malade et mourant. Despréaux courut chez le roi pour l’engager à réta-blir cette pension ; il offrit le sacrifice de celle dont il jouissait lui-mème , disant qu’il ne pouvait sans honte recevoir une pension de samajesté, tandis qu’un homme tel que Corneille en était privé. Le roiEnvoya deux cents louis à Corneille , et ce fut un parent de Despréauxlui le S porta. Les jésuites nièrent cet acte de bienfaisance du poète , et^ attribuèrent au P. de La Chaise ; mais ils sont les seuls qui en aient fait^'mineur à leur confrère. Le témoignage de Boursault, qui rapporte lefait dans ses lettres , et qui n’aimait pas Despréaux, suffit pour les ré-futer.
Un connaît assez le trait de désintéressement de ce grand po'ete à l’é-gard de Patru, dont il acheta la bibliothèque , en lui en laissant l’usagel^squ’à sa mort. Ses ennemis lui ont reproché, car des ennemis ont* mil à tout, d’avoir gâté ce trait de bienfaisance par cette espèce d’é-ïVamme :
Je l'assistai dans l’indigence,
11 ne inc rendit jamais rien;
Mais quoiqu’il me dût tout son bien,