DE DESPRÉAUX. 435
était soupçonné, bien ou mal à propos , de quelque penchant à la li-berté de penser.
Si les ennemis de Despréaux lui épargnèrent le reproche d’impiété, .ils saisirent un autre moyen , peut-être plus efficace, de soulever leclergé contre lui ; ce vers du lutrin leur donnait beau jeu '.
Abîmez tout plutôt, c’est l’esprit de l’Église.
Mais l'Eglise entendit la plaisanterie , et s’épargna le ridicule de larelever. Despréattx la calma sans peine, en l’assurant que dans ce versil entendait par l’Eglise , non ce corps respectable de pasteurs éclairéscl vertueux, qui conserve et défend le précieux dépôt de la foi, maiscette troupe subalterne et malheureusement trop nombreuse de mi-nistres ignorons et calomniateurs , qui ne sont pas /dus l’Eglise , quele parterre de la Foire n'est le public.
Les hommages que Despréaux rendait à la religion, quoiqu’ils fussentaussi libres que sincères , n’étaient ni aveugles , ni outrés , ni minutieux.Tout persuadé qu’il était de la force des preuves qui servent de base auchristianisme, il n’approuvait pas celles que le savant Huet eu avaitdonnées dans sa Démonstration évangélique : Je ne trouve, disait-ilnaïvement, rien de démontré dans cet ouvrage, que la grande éru-dition de l’auteur. Il a exprimé de la manière la plus énergique sa justehorreur pour le fanatisme religieux, lorsqu’en présentant l’affreuxtableau du sang que ce fanatisme a fait répandre, il peint l’orthodoxemême :
Aveugle en sa fureur,
Croyant, pour venger Dieu de scs fiers ennemis,
Tout ce que Dieu défend, légitime et permis ,
Et sans distinction, dans tout sein hérétique,
Plein de joie, enfonçant un poignard catholique.
Voilà encore un poignard catholique qui eût difficilement trouvégrâce auprès des déclainaleurs de nos jours. Aussi grands juges en ex-pressions poétiques qu’en morale chrétienne, ils eussent relevé avec unesainte aigreur cette épithète malheureusement trop vraie, en se montrantd’ailleurs pieusement indulgens sur le poignard même.
(4o) Les amis de Despréaux lui ayant représenté, dit-on, que le nom deCotin était trop répété dans la neuvième satire, l’auteur leur répondit : ilfaut voir; je consens d'ôler tout ce qui sera de trop. On s’assembla, onlut la satire toute entière ; mais on trouva partout le nom de Cotin si bienplacé , qu’on opina à le laisser partout. Ce lait, s il est vrai, prouveraitseulement que la répétition si fréquente du nom de Cotin dans cettesatire , pouvait avoir quelque sel dans un temps où ce nom était devenu'audeville, parce que le charitable public, qui voyait tous les joursCotin , aimait à s’en moquer ; niais dans notre siècle, pour lequel Cotines t si bien mort. la répétition est devenue un peu fastidieuse. Ceux quiec rivent des satires , même avec le plus de talent, en seraient dégoûtésbientôt, s’ils pouvaient voir combien elles deviennent indifférentes au