436 NOTES SUR L’ÉLOGE
public quand le moment en est passé, quand le premier besoin de lamalignité est satisfait. Racine, Corneille, Molière, etc., ont été accablésde leur temps par des volumes de satires ; qui est-ce qui en connaîtaujourd’hui une seule ? Celles que Despréaux lui-même a écrites n’au-raient plus guère de lecteurs , si les sarcasmes contre Chapelain et Cotinen faisaient toute la substance , et si l’auteur n’avait su racheter la mo-notonie de ces sarcasmes , en les faisant servir comme de cadre à d’ex-ccllcns principes de goût, embellis par la plus élégante versification.
Despréaux , quelquefois injuste pour ceux qu’il censurait, avait aussile courage et l’équité de leur rendre souvent justice. Il a donné deséloges à une ode de Chapelain et à quelques vers de Perrault. Il accordaitmême à ses ennemis une autre consolation ; il profitait de leurs critiquesquand elles lui paraissaient fondées. Il a corrigé plus d'un vers censurépar Desinarets et par d’autres ; et on peut encore rappeler à cette occa-sion ces excellens vers de sa belle épître à Racine :
Moi qu’une humeur trop libre, un esprit peu soumis,
De bonne heure a pourvu d’utiles ennemis;
Je dois plus h leur haine, il faut que je l’avoue,
Qu’lui faible et vain talent dont la h'rance me loue.
Leur venin qui sur moi brûle de s’e'pancher,
Tous les jours en marchant m’empêche de broncher;
Je songe h chaque trait que ma plume hasarde,
Que d’un œil dangereux leur troupe me regarde;
Je sais sur leurs avis corriger mes erreurs,
Et je mets h profit leurs malignes fureurs.
Dans une de ses satires , il avait traduit le passage d’Horace :
. Quid rides ? mutato nomine, de te
■tabula narralur ,
par ces deux vers ci :
Vous ries? savez-vous que c’est votre peintnrc,
Et que c’est vous par lft que la fable figure ?
Il retrancha ces deux vers dans la suite , comme peu dignes de l’origi-nal , ainsi que Desmarels ou Pradon le lui avaient reproché. Il eût mieuxfait encore d’y substituer l’excellent vers par lequel un de ces deuxmauvais poètes avait rendu le vers d’Horace :
Tu ris? change le nom, la fable est ton histoire.
Il est vrai que cet excellent vers était précédé d’un vers détestable :
1 antalc dans un fleuve a soif et ne peut boire ,
et que peut-être Despréaux, forcé de laisser le premier vers à l’auteur,se crut obligé de lui laisser aussi le second.
Le père Oudin , jésuite tres-savant, qui estimait beaucoup Chape-lain , et qui malheureusement l’estimait assez pour savoir par cteur beau-