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Tome deuxième.
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DE DESPREAUX. 43g

leurs , et comme grand pocte, et comme législateur du bon goût. l'hom-mage dont il est si digne.

Mais le plus grand tort de cet illustre écrivain , a dit un philosophe ,est d’avoir été par ses satires le père d’une vilaine famille, qui s’autorisede son exemple sans approcher de ses talens. Il n’y a pas un de ces ri-mailleurs qui ne se croie un Despréaux, pour avoir dit à nos bons écri-vains des injures en mauvais vers. Ils font bien mieux encore que de serendre les défenseurs du bon goût; ils se déclarent ceux de la religion ,qu'ils prétendent venger par leurs écrits , et qu’ils déshonorent par leursmœurs. En jouant avec impudence cette comédie ridicule et scandaleuse,ils espèrent que d’estimables protecteurs qu’ils ont su tromper , seront ladupe de leur basse hypocrisie ; ils seraient bien fâchés que d’autres s’yméprissent. Un de ces misérables , qui craignait apparemment que leslecteurs éclairés ne le crussent de bonne foi, a eu soin , dans une mau-vaise pièce contre les incrédules, de faire les objections plus fortes queles réponses. Mais en voilà assez et peut-être trop sur cette engeanceméprisable.

(40 Quand nous disons que Despréaux fut honnête homme, nousparlons non-seulement de sa probité morale , mais même de sa probitélittéraire. S’il fut quelquefois injuste , ilne le fut que par erreur , par pré-vention , par humeur tout au plus , et jamais par envie , et il n’eut pasplus de bassesse à se reprocher dans ses écrits que dans ses actions. S ilprodigua trop les louanges à son roi , ce fut Terreur commune de tousles gens de lettres de sou temps , erreur même que bien peu de gens delettres du nôtre seraient en droit de lui reprocher. Ses satires peuvent,il est vrai, faire désirer plus d’indulgence et de bonté dans son caractèremoral : mais quand on voudrait juger ce caractère avec la sévérité la plusrigoureuse, observons qu il n'eu est pas des défauts ou des vices d’unécrivain, comme de ceux d’un souverain ou d’un ministre. Le caractèrede l'homme puissant est un objet intéressant à considérer dans son his-toire , par l'influence qu'il peut avoir eue sur le bonheur ou le malheurde toute une nation , sur celui même des générations suivantes. Au con-traire , le caractère d un simple homme de lettres , eût-il mérité les plusgrands reproches, ne laisse ni suites ni traces. Dès que l'homme delettres a cessé de vivre , il ne reste de lui que scs ouvrages , qu'on juge enoubliant ses .actions. C est alors l'auteur seul et non l'homme qu’on ap-précie ; et tandis que l’écrivain vertueux et médiocre est oublié, les«unies de l’écrivain supérieur, vertueux ou non, reçoivent du suffragePublic la récompense des lumières qu’on lui doit, ou du plaisir qu’onéprouve en le lisant. L’histoire du vieux Salluste est préférée à celle dupieux Grégoire de Tours , et les vers du libertin Marot aux quatrains dugrave Pibrac. Le premier mérite auprès des hommes n’est pas d’êtrel’on , c’est de leur être utile ou agréable ; et l’auteur illustre qui n existeP 1 us que dans ses écrits, a d’autant plus de mérite pour ses lecteurs ,flu ils jouissent des fruits de son génie sans avoir rien à souffrir ou àrramdre de sa personne. Gardons-nous bien cependant de conclure de ces