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Tome deuxième.
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ÉLOGE DE REGNIER DESMARAIS. 44i

plus par déférence pour eux , que par un mouvement de vanitédont son écrit ne laisse pas entrevoir la moindre trace ; les pre-mières lignes suffiraient pour le disculper de tout soupçond’amour-propre. Puisqu’on souhaite, dit-il, cl’étre informé dece que je suis , et de ce que j’ai fait depuis que je suis au monde,je vais essayer d’en rendre compte en homme qui lia jamaischerché ni à se cacher ni à se montrer, et qui, étant déjà très-avancé dans sa quatre-vingtième année , est bien pires d’allerrendre un compte plus imjiortant. Dans l’abrégé que nous allonsdonner de ces mémoires, nous nous attacherons à ce qui concernel’abbé Regnier, comme homme de lettres, c’est-à-dire, aux seulsarticles de son histoire qui intéressent véritablement l’Académie;nous renvoyons pour le reste aux mémoires même 1 , dans les-quels il ne faut pas chercher beaucoup d’amusement, mais quidoivent inspirer beaucoup d’estime pour la franchise et la mo-destie de l’écrivain.

Il fit ses humanités avec succès au séminaire de Nanterre, chezles chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, dont son oncle ma-ternel , le P. Faure, était général. Il passa de là en philosophieau collège de Montaigu ; mais autant il avait trouvé de charmesdans l’étude des belles-lettres, autant les absurdes subtilités del’école lui causèrent de dégoût ; il dédaigna les graves sottisesdont on le forçait d’infecter sa mémoire , et chercha à se dis-traire de cet ennui par une traduction qu’il fit en vers françaisdu combat des rats et des grenouilles, attribué à Homère ; cecombat ressemblait assez bien , par l’importance de son objet,aux misérables chicanes scolastiques dont il avait les oreilles re-battues : on peut même croire que ces chicanes rappelèrent aujeune étudiant l’idée du poème burlesque qui en était l’image ,e t lui inspirèrent l’envie de le traduire.

Au sortir de ses études, il s’attacha successivement à plusieurspersonnes puissantes , dont la faveur et l’appui étaient néces-saires à sa fortune, car il était le sixième de onze enfans ; il fit, àla suite de quelques grands seigneurs, différens voyages, pendantlesquels il apprit, sans maître et avec le seul secours des livres,l’italien et l’espagnol. Il se rendit la première de ces deuxlangues si familière, qu’étant allé à Rome avec M. le duc deCréqui, dont l’ambassade est devenue célèbre par l’affaire destorses, il fut chargé d’écrire les lettres italiennes que l’ambas-sadeur adressait aux cardinaux ou aux princes voisins avec quijl avait à traiter ; et aucun de ces étrangers ne s’aperçut que cesle ttres fussent l’ouvrage d’un Français.

’ Ils sont imprimes à la tête du recueil des Poésies de l’abbé Régnier , en'ux volumes in-ia.