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Tome deuxième.
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4-fl ÉLOGE

11 eut bientôt clans le même genre un succès plus flatteur, qu’ilfaut lui entendre raconter à lui-même. A mon retour en France,dit-il, j’entretins commerce de lettres avec diverses personnes enItalie, et particulièrement avec l’abbé Slrozzi, résident pourle roi à Florence. Ayant composé alors une ode, ou, commeles Italiens l'appellent, une chanson italienne , et Voyant en-voyée à l’abbé. Slrozzi, il s’en servit pour tromper quelques aca-démiciens de la Crusca de ses amis. Pour cet effet, il supposaque Léo Allatius, bibliothécaire du Vatican, lui avait écrit,qu’en revoyant le manuscrit de Pétrarque, conservé dans cettebibliothèque, il en avait trouvé deux feuillets collés , et que lesayant séparés il y avait découvert la chanson qu’il lui envoyait.

La chose parut d’abord difficile à croire ; mais bientôt la con-formité du style la rendit vraisentblable. Quand ellefut éclaircie,

M. le prince Léopold , protecteur de Vacadémie de la Crusca ,auquel l’abbé Slrozzi faisait voir toutes mes lettres, projiosa àVacadémie de m’élire ; et je reçus la nouvelle de mon électionau mois d'aout 1667 (1). Les académiciens de la Crusca , enadoptant le faux Pétrarque , furent plus honnêtes et plus justesque ne l’avait été , dans une circonstance à peu près semblable ,le fameux Joseph Scaliger , qui, trompé par des vers de Muret,s’en vengea par une épigramtne sanglante (a) ; l'offensé 11’y ré-pondit qu’en la publiant lui-même, comme un aveu maladroit |que faisait son adversaire du ridicule qu’il venait d’essuyer. I

Parvenu à l’âge de trente-six ans, l’abbé Regnier entra dans |l’état ecclésiastique , presque sans en avoir formé le dessein,et comme par une inspiration subite que les circonstances ame-nèrent sans qu’il s’en doutât. Il demandait une pension pourrécompense de ses services: Louis XIV ne crut pas commettresacrilège en faisant payer par l’Eglise les dettes de l’État; Iil donna au postulant un prieuré , ce prieuré fut sa vocation ,qui aurait pu paraître équivoque a des juges rigoureux , maisqu’il justifia par la conduite la plus régulière et la plus conformeà la sainte austérité de 1 habit qu’il venait de prendre. La Pro- jvidence , qui sans doute l’appelait secrètement à porter cetterobe, montra dans celle occasion , comme elle a fait dans beau-coup d’autres , les voies impénétrables de sa sagesse , en diri"géant les vues humaines à l’accomplissement de ses desseins.

Deux ans après qu’il fut entré dans l'Église , l’AcadémieFrançaise le choisit pour un de ses membres ; il n’avait donnejusqu’alors aucune preuve publique de son talent pour écrire d 1lrançais ; mais la connaissance qu’il avait des langues savantes)lit juger qu’il serait très-utile à la composition du DiclionnaU’ ctlont la compagnie était alors occupée, et qui demandait n* 1