DE REGNIER DESMAR ATS. 443
rapprochement du génie de !a langue française à celui desidiomes anciens et modernes.
Quoique ce travail fût devenu le principal objet du nouvelacadémicien, il s’en délassait quelquefois par d’autres occupa-tions , et ses délassemens étaient ceux d’un prêtre , et presqued’un apôtre. Dans ce temps-là , dit-il, je m'étais applique , àla prière des révérends pères Jésuites, ù traduire dCespagnol enfrançais le traité de la Perfection chrétienne de leur pieuxconfrère Rodriguès ; je ne Vavais pas encore fait imprimer,lorsqu’il en parut une traduction, qu’on attribuait à MM. dePort-Royal, et qui m’aurait empêché de laisser paraître lamienne, si la préface ne m’avait fait voir que nos ouvrages de-vaient être très—différons ; car on assure dans celle préface,que quand on voulut travailler à cette traduction, on eut d’abordde la peine à se déterminer sur le choix qu’on devait faire d’unedes trois éditions espagnoles qu’on avait entre les mains, et quiétaient très-différentes entre elles... J’avoue pour moi que lesayant soigneusement conférées , je n’y ai pas aperçu la moindredifférence. Je laisse à juger de Vintention que les auteurs decette traduction si vantée peuvent avoir eue en la donnant. Cequi est certain , c’est que le texte espagnol y est entièrementaltéré en plusieurs endroits, et surtout dans le chapitre, ou,en parlant de la grdee , on prête à l’auteur des expressionstoutes contraires aux siennes.
Il semble , par le ton qui règne dans ce récit, que l’abbéRegnier n’avait pas été fàclié de trouver MM. de Port-Royal enfaute, et de faire sa cour par celte découverte aux Jésuites leursadversaires, avec lesquels il avait d’assez étroites liaisons. Nousn’examinerons point si le reproche qu’il fait à ces pieux soli-taires bst bien ou mal fondé ; supposons pour un instant quel’imputation soit juste (car c’est une supposition que semble per-mettre l’air d’assurance avec lequel l’auteur s’exprime), il enfaudra conclure que le désir qui animait ces saints personnagesde tendre à leurs implacables ennemis un piège innocent, leurHt oublier en cette occasion le rigorisme austère qu’ils affichaient ;Üs pensèrent apparemment que , pour l’avantage de la bonnecause, pour le triomphe de la grilce, et dans l’unique vue dela plus grande gloire de Dieu, ils pouvaient en sûreté de cons-cience se laisser aller un moment aux maximes de conduite re-lâchée dont ils faisaient un si grand crime aux Jésuites. Ce n’estPas la première fois que des théologiens , dirigés par un zèle plusai 'dentqne scrupuleux, ont cru pouvoir se permettre ces fraudesl'teuses pour la manifestation de ce qu’ils croyaient ou qu’ilsa Ppelaient la vérité. Nous laisserons juger le procès des deux