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Tome deuxième.
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446 ÉLOGE

d’obliger un sot à penser comme lui ? et si c’est un homme d’es-prit qu’il se propose de convaincre , peut-il ignorer que le doutequi est le commencement de la sagesse, en est aussi le fruit etle terme ; qu’à l’exception des sciences exactes , la plupart desautres objets , éclaires d une lumière incertaine et mobile, peu-vent se présenter sous différentes faces à des yeux exercés etclairvoyans; qu on fait haïr, dit Montaigne, les choses vrai-semblables, quand on les plante pour infaillibles, et qu’enfmla vérité, meme convaincue , se croit intéressée à 11 e pas avouersa défaite ? Dans la société , dans les corps, même littéraires, lesage discute quelquefois, dispute très-rarement, ne propose sonopinion qu’avec les expressions réservées , qui rendent la con-tradiction plus supportable , et finit toujours par permettre àchacun d’être de son avis , sous.la condition modeste et juste ,de jouir de la même liberté pour le sien. O 11 demandait au phi-losophe Fontenelle pourquoi il ne disputait jamais : Par cesdeux principes , répondit-il ; tout est possible., et tout le mondea raison. Le même philosophe disait un jour à l’abbé Regnierdans je ne sais quelle discussion académique : Voilà une. dis-pute qui ne fuirait point si Von voulait; c’est pour cela qu’ilfaut qu’elle fuisse tout à l’heure. El dans une autre occasion oiil’abbé Regnier disputait avec chaleur contre un homme de lettresen présence d’une femme de beaucoup d’esprit: Khi messieurs,leur dit cette femme, convenez de quelque chose , fut-ce d’unesottise (4).

Si l’abbé Regnier était opiniâtre dans la dispute , s’il offensaitl’amour-propre des autres par une roideur inflexible dans sesopinions , il se la faisait pardonner en la portant dans toutes lesbonnes qualités qu’il avait d’ailleurs, et surtout dans un senti-ment. où l’opiniâtreté est presque toujours une vertu • il étaitferme et inébranlable dans l'amitié. Il est vrai qu’il n’accordaitla sienne qu à ceux qu il en jugeait dignes, après les avoir bienconnus; mais plus il était dillicile de faire naître ce sentimentdans son coeur, plus il était rare de le perdre quand on l’avaitobtenu; le moyen de se l’assurer était fie se distinguer par le 5mêmes vertus que les ennemis les plus déclarés de notre acadé"inicien reconnaissaient en lui, une probité à toute épreuve , elun amour du vrai porté jusqu'au scrupule. Il exprima, d’u IlCmanière aussi noble qu’énergique , cet amour du vrai, danst ,,lÆoccasion délicate oit on le pressait, de mentir en faveur d’n 11homme puissant, sous peine d’encourir sa disgrâce. J’aift^mieux, disait-il, me brouiller avec lui qu’avec moi.

Le public, qui connaissait ses lalens, se vit privé avec reg retde la préface el de l’épitre qu’il avait faites pour le Dietiontiait' 1 ' !