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employa tout ce qu’il avait pu acquérir de lumières par cinquanteans de réflexions sur notre langue , par quelque connaissancedes langues voisines, et par trente-quatre ans d’assiduité dansles assemblées de l'Académie, ou il avait presque toujourstenu la plume.
Cet ouvrage, quand on le considère relativement au temps oùil a été composé, fait honneur à la littérature française et àl’Académie. S’il n’est pas aussi philosophique et aussi profond surla métaphysique générale des langues que la Grammaire rai-sonnée de Port-Royal , il contient au moins , relativement à lalangue française , des discussions importantes et utiles que cettegrammaire n’offre pas ; l’auteur n’avait cependant encore traitéqu’un des objets de la grammaire, et même le plus aride detous, le détail des parties d’oraison; il promettait une suitedans laquelle il se proposait d’embrasser la syntaxe, les irré-gularités réelles ou apparentes de l’usage, et les principes dustyle. La manière dont il s’est acquitté de la première partie deson travail, doit faire regretter au public d’avoir été privé de laseconde.
11 y a dans cette grammaire un article qui mérite de nousarrêter un moment; l’auteur s’y élève contre les innovationsqu’on avait déjà tenté d’introduire dans l’orthographe française;il en prouve de son mieux les inconvéniens ; mais ses réclama-tions , loin de remettre en honneur l’orthographe ancienne ,n’ont pu même empêcher qu’elle n’ait souffert encore de nou-velles atteintes. Il .insiste , par exemple , sur la nécessité de con-server la lettre s- dans un très-grand nombre de mots , soit pourindiquer l’étymologie *, soit pour marquer la quantité de la syl-labe 1 ; mais cette lettre a été supprimée depuis dans le plusgrand nombre des mots oii il désirait de la Conserver ; il avouemême que la suppression commençait à se faire dans le tempsoù il écrivait, et on ne peut disconvenir qu’elle ne soit très-naturelle ; nouvelle preuve de ce que nous avons déjà dit ail-leurs 3 , (pie ce qui a réellement besoin d’être corrigé dans notreorthographe, finira par l’etre en effet; qu’il faut tout laisserfaire à la raison et au temps, et que s’il y a de la pédanterie àrévérer avec superstition l’ancien usage, il y a de la puérilité (*la braver avec affectation.
Les jésuites, tous bons amis qu’ils se disaient de l’abbé R e 'gnier , ne virent pas, sans quelque chagrin, le succès d’un ou'vrage qui ne sortait pas de chez eux , ou du moins que Tauleu* -
1 Comme dans estât , status.
9 Comme clans mesme.
J Voj'ez IVliclu (te Louis Cousin, cl Tclogc de Tabbe Dnngcau.