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Tome deuxième.
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DE REGNIER DESMARAIS. 449

n’avait pas entrepris à leur prière , sage précaution qu’il avaitprise pour la traduction de Rodrigu'es. Les antagonistes amersde cette société lui ont reproché souvent d’avoir été l 'ennemiede tout bien ; on peut dire avec moins de fiel et plus de justice ,qu’elle était l’ennemie déclarée ou secrète de tout le bien qui ne #venait pas d’elle. Le P. Buflier, qui fut depuis auteur lui-mêmed’une grammaire très - estimable, attaqua celle de l’abbéRégnier,^dans le Journal de Trévoux, avec plus de malignitéque de bonne foi ; l’auteur fit au journaliste une réponse assezvive , mais solide , et à laquelle il n’y aurait rien à désirer , si,au lieu de s’obstiner à tout défendre, il fût convenu de bonnefoi de la justesse de quelques critiques ’.

Cette querelle convainquit l’abbé Regnier que la sécheressedes discussions grammaticales , qui semble laisser à l’envie sipeu de prise, n’empêchait pas d’avoir encore des ennemis ; ilfut dégoûté par cette affligeante réflexion d’achever, en com-plétant sa grammaire, la tâche académique qu’il s’était imposée :pour s’en dédommager, il se jeta dans l’histoire , et il écrivitcelle de l’affaire des Corses , dont il avait été témoin pendantson séjour à Rome. Le style de cette histoire, quoique pur etcorrect, n’a ni le mouvement ni le sel dont le sujet paraissaitsusceptible. Un plus habile peintre eût offert le contraste piquantde l’audace et de la gaieté française dans celte violente querelle,avec la triste insolence de la soldatesque papale; de la noble fer-meté de l’ambassadeur de France , avec l’arrogance timide desministres de la cour de Rome ; enfin de la fierté du roi, avec lahauteur du pontife ; hauteur qui, dégénérant adroitement etpar degrés en négociations et en souplesse , obtint enfin à peuprès ce que la fierté offensée lui avait refusé long-temps. On re-grette ce tableau dans la narration de l’abbé Regnier ; mais sonouvrage , écrit d’après les pièces originales , est recommandablePar la qualité la plus essentielle à un historien , par celle qui lefait presque dispenser des autres, et à laquelle nulle autre nepeut suppléer, par l’exactitude des faits. Si cette productionn’est ni d’un Yertot, ni d’un Saint-R.éal, elle est au moins bienpréférable à tant de compilations insipides de mensonges an-ciens et modernes, qui n’ont ni le mérite du coloris , ni celuide la vérité.

L’historien des Corses revint à la poesie , ou, si l’on veut, a

1 C’était peut-être par représailles de cette censure que l’abbe Regnierlogeait trop sévèrement le père Bouhours, jesuite et grammairien de profes-s * 0u - Il l’accusait de ne pas savoir la langue française ; arrêt injuste , sur-* 0ut eu égard au temps où le père Bouhours avait écrit, et où les finesses de

langue n’étaient connues que d’un petit nombre d’illustres écrivains.