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la versification ; il donna, quoiqu’âgé de quatre-vingts ans , unrecueil de pièces françaises, latines, italiennes et espagnoles.On prétend que ces dernières furent plus accueillies à Rome eten Espagne, que les poésies françaises ne le furent à Paris; etun célèbre écrivain ajoute que sil’abbé Regnieravaitréussi à fairepasser un de ses sonnets pour être de Pétrarque , il n’eût pasfait passer ses vers français sous le nom d’un grand poète. Ce n’estpas le seul de nos écrivains qui, ayant fait des vers avec succèsdans une langue étrangère , n’a pu réussir dans la sieifne ; se-rait-ce parce que notre poésie , qui ne se permet que des licencestrès-légères, et qui ajoute à ses entraves naturelles toute la sé-vérité de la prose , présente plus de difficultés à vaincre que lapoésie des autres peuples anciens et modernes ? ou les Français ,si délicats en matière de goût, et si raffinés sur les plaisirs entout genre, sont-ils plus difficiles en vers que les autres nations ?Mais si tant de sévérité laisse à nos poètes médiocres encoremoins d’indulgence à espérer qu’Ilorace n’en promettait à ceuxde son temps, 11 e devrait-elle pas aussi nous inspirer pour nosgrands poètes encore plus d’admiration que l’antiquité n’en amarqué pour les siens ?
Grammairien savant et profond, et de plus historien et poète,l’abbé Regnier voulut encore s’essayer dans un autre genre, celuide la traduction. Il choisit pour objet de son travail le 'Fruitéde la Divination de Cicéron, l’ouvrage de ce grand homme quiest le plus piquant par son objet, et peut-être le plus finementphilosophique; ce catéchisme à’incrédulité païenne, si on peutl’appeler de la sorte , publié par l’auteur même sous les yeuxdu sénat, sans réclamation de la part des augures et des pontifes,est une preuve singulière et frappante de la tolérance des Ro-mains en fait d’opinions religieuses ; les dialogues sur la naturedes Dieux, sont un autre catéchisme d incrédulitéjjprrhoniennesur 1 importante question de 1 existence d’un Être suprême ;mais ce dernier traité 11 ’est guère qu’un vain tissu de subtilitéssceptiques, au lieu que celui de la Divination est l’ouvrage d’unetête aussi éclairée (pie libre , et aussi décidée que sage. C’est ap-paremment ce qui engagea l’abbé Regnier à le traduire de pré-férence aux autres ouvrages philosophiques de Cicéron. Dansceux-ci, la philosophie de l’orateur romain, souvent un peucommune, et quelquefois ou étrangement bornée, ou puérile-ment sophistique, a besoin d’être relevée par le charme du stylede l’auteur, qu’il est comme impossible de faire passer dans uneautre langue. Dans le Fruité de la Divination , le traducteursoutenu par l’agrément et les details du sujet, courait moins derisque de défigurer tout-à-l'ait son modèle ; et lie pouvant, dan*