DE REGNIER DESMARAIS. 45t
sa copie, conserver à l’original le mérité du coloris et de l’har-monie , il lui conservait au moins celui' du dessin et de l’en-semble.
La traduction de l’abbé llegnier est élégante, fidèle , et ac-compagnée de remarques savantes qui en augmentent le prix.L’auteur entreprit encore de traduire un autre ouvrage de Ci-céron , plus intéressant par sa matière , mais moins fait pour lecommun des lecteurs, le Traité de Finibus bonorum et malorum( De la nature des vrais biens et des vrais maux). Cette versionn’a paru qu’apt es la mort de l’abbé Regnier ; mais tout estimablequ’elle est, elle n’a pas été aussi accueillie que celle du Traitéde la Divination; le traducteur du Traité des biens et des mauxne pouvait avoir pour juges que des gens de lettres philosophes ,et par conséquent assez peu de lecteurs; mais le traducteur desplaisanteries de Cicéron sur les oracles , les augures et les autressuperstitions de la vénérable antiquité , était plus à portée d’a-muser la multitude. Il eut même, à force de succès, un malheursemblable à celui que Fontenelle avait déjà essuye pour son His-toire des Oracles ,• les esprits forts de ce temps-là appliquèrentaux prophètes et aux miracles de la religion chrétienne , ce quedit le philosophe ancien des prédictions et des prodiges d’unereligion absurde; les adversaires très-zélés et très-vigilans desesprits forts , voulurent rendre le traducteur responsable de cesapplications si scandaleuses ; il se récria hautement contre desimputations qui , à dire vrai, ne méritaient guère , par leurineptie, d’être réfutées, mais l’exigeaient par la gravité de l’objetet par la redoutable importance des accusateurs.
L’abbé Regnier fait mention, dans ses mémoires, de quelquesautres productions qui sont restées manuscrites, entre autres ,d’un poème français à la louange du roi : Le mauvais succès qu’onttoujours eu ces sortes d’ouvrages , dit naïvement le P. Niceron %a sans doute empéché qu’on ne donnât ce poëme au public.Trente ans plus tôt il eût été reçu avec avidité, lorsque tout re-tentissait des louanges et des victoires du monarque. Mais letemps des louanges et des victoires n’était plus; et la bataille deMalplaquet , par où finissait ce poème, n’était pas un moyende le faire lire, même à Versailles : l’auteur s’abstintdonc très-prudemment de le mettre au jour, et se contenta d’offrir ensecret son hommage au monarque vaincu et malheureux. Cemonument de son zèle n’était pas le seul qu’il eût élevé à lagloire du roi, car il nous apprend qu’il avait compose les ins-Cr iplious de la statue de la place des Victoires , à l’exception
1 Mémoires pnur servir h Vhistoire des Hommes illustres dans la Répu-blique des Lettres, t. 5, ] . 365.