DE REGNIER DESMARAIS.
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De toutes les poe'sies françaises de l’abbé Regnier, celle qui aété le plus accueillie est sa traduction de la fameuse scène duPastor fido , dans laquelle se trouvent les vers si connus sur lacontradiction entre la morale sévère qui interdit l’amour, et lanature qui semble l’ordonner. La traduction très-faible de cemorceau a été souvent célébrée par cette multitude qui ne sepique pas d’être fort sévère en poésie ; et il n’y a pas encore long-temps qu’on la faisait apprendre aux jeunes filles , apparemmentcomme une excellente leçon de morale (7) : on y joignait cepieux sonnet de Desbarreaux, détestable d’un bout à l’autre,mais que nos bons aïeux regardaient comme un modèle de ver-sification. Notre siècle, moins dévot et plus difficile, a pensé queles vers de Racine , de Despréaux et de La Fontaine étaient plusdignes que ces bouts-rimés d’orner la mémoire des enfaus ; s’ilsne sentent pas à cet âge tout le mérite de nos chefs-d’œuvre, dumoins leur mémoire est un dépôt qui les conserve , une terre oùcette semence précieuse repose jusqu’à l’âge du jugement et dugoût qui doit la faire éclore et fructifier : ils ne se voient plusréduits à la nécessité fâcheuse d’oublier dans un âge plus avancéles inepties poétiques dont on a si long-temps fatigué leur en-fance , et qu’ils n’ont souvent apprises qu’avec beaucoup depeine, de dégoût et de larmes.
Le succès de la scène française du Pastor Jido consola, quoiquefaiblement, l’abbé Regnier du peu de fortune qu’avaient fait sesautres poésies françaises ; mais il était condamné à n’être jamaisparfaitement heureux comme poète ; car l’accueil général que satraduction avait reçu , nuisit aux vues d’avancement qu’il avaitformées : il eût obtenu les honneurs de l’épiscopat, sans les scru-pules que cette traduction donna au roi ; mais il pensa apparem-ment comme l’évêque Iléliodore , qui aima mieux , dit-on , re-noncer à son siège épiscopal, que de supprimer ou désavouer sonI '°man de Théaghne et de Cariclée, préférant la réputation del J on écrivain à toutes les dignités de l’Eglise.
Il yavait une autre cause plus grave du refus de l’épiscopat faita l’abbé Regnier. On lui attribuait une pièce de vers dont le sujetet ait très-impie , et qui, par un autre malheur, était fort répan-due, et regardée comme très-supérieure à toutes celles du mêmeb°ète; elle avait pour objet le commerce criminel de Betlisabéea Vec David, d’où la Providence fitnaître le Messie plusieurs siècles; *I' r ès ; la pièce finissait par cette plaisanterie, aussi ignoble queSCa ndaleuse :
Il faut avouer que la grâceFait bien des tours de passe-passeAvant que d’arriver au but.