454 ÉLOGE
Nous ne rapportons ces vers si impies, que pour disculper lamémoire de notre académicien de la tache qu’on a voulu luiimprimera ce sujet. U •* ’y a d’autre témoignage qu’il en soit l’au-teur, qu’une tradition vague et sans preuve. Ceux qui prendrontla peine de lire le recueil de ses poésies , en trouveront un sigrand nombre d’édifiantes , qu’ils ne pourront se persuader quetant de dévotion et tant de blasphèmes soient sortis de la mêmeplume, ni que l’abbé Regnier ait voulu ressembler au poèteRousseau , qui , tout à la fois traducteur de David et rival del’Arelin , appelait ses épigrammes licencieuses le Gloria Patrido ses psaumes.
Si parmi les pièces dont l’abbé Regnier est réellement l’au-teur, on voulait en citer quelqu’une qui ne fût pas indigne d’é-loges, on pourrait rappeler ici celle qui est connue sous le nomdes J'ai vu, et qui renferme , quoique trop longue, quelquesvers heureux :
J’ai vu la vanité sYlcvcr jusqu’aux unes,
Sur des ailes de cire, en un lunmeul fondues.
J’ai vu deux partis disputerDe la ve'rite'sans l’entendre;
Le public, sans y rien comprendre,
, Pour l’un et l’autre s’entêter.
J’ai vu d’un peu de veut les hommes se nourrir,
Et ne s'attacher qu’à paraître;
J’ai vu qu’en cherchant h connaître ,
Nous n’apprenons qu’à discouiir;
J’ai vu l’excessive prudenceNe servir qu’à nous décevoir,
Le seul interet tout mouvoir ,
Et la profondeur du savoirDifférer peu de l’ignorance.
Nous citerons encore les vers snivans, tirés d’une pièce sur le*grands seigneurs, que l’abbé Regnier avait fréquentés beaucoup,et qu’il devait bien connaître. Après avoir dit que le sage doittoujours rendre à leur naissance et à leur rang les égards que I®société et la décence exigent, le poète ajoute :
Les aimer, c’est une attire affaire;
Qui ne les connaît qu’à demiS’honore d’être leur ami;
Qui les connaît bien, ne l’est guère.
Qu’on nous permette enfin, quoique dans l’éloge d’un prêtr®.de joindre à ces vers une chanson qui, peut-être , n’était adresse®qu’à une fris en l'air, ou n’avait été faite par l’abbé Regui®|que pour le service de quelque amant malheureux , qui ne l’ava 1pas toujours été ;