DE REGNIER DESMÀRAIS. 455
Ne craignez point que votre humeur légère,
Dans ma colère,
Me fasse rien publier.
Heureux, je ne sais que me taire,
.Trahi, je ne sais qu’oublier.
Ces vers sont à peu près les meilleurs que nous ayons de lui.On peut , après les avoir lus, se dispenser de jeter les yeux surpresque tous les autres. Il restera encore à l’auteur assez de qua-lités académiques, pour qu’il puisse à toute rigueur se passerde celle de poète. •
Tout prêtre et tout bel esprit qu’il était, il avait un couragedont un soldat aurait pu se faire honneur. Envoyé par la cour deFrance à celle de Bavière pour une affaire importante , il fit unetelle diligence , qu’il se rompit une côte en courant la poste ; cequi ne l’einpêcha pas de continuer son voyage , et de repartir deMunich deux jours après son arrivée, pour apporter en cinqjours àVersailles la réponse aux propositions dont il était chargé.
Il ne montra pas moins de courage dans quelques maladiesCruelles et dangereuses dont il fut attaqué. Il n’opposa à ladouleur et au danger que le repos et la patience. Je n appelaipoint de médecin , dit-il, et ne pris point de médecine , parceque ‘je suis persuadé qu’il n’y en a point qui ne soit nuisible àcelui qui en fait usage. La nature toute seule , avec un peu detemps, surmonta enfin le mal. J’ai éprouvé /tins d’une fois partnoi-méme combien il y a de ressource en elle , quand on ne latourmente point mal à propos en recourant à des remèdes quil accablent au lieu de la soulager.
On voit par ce passage , que l’abbé Regnier était, du nombre
ceux qui n’honorent pas la médecine d’une grande confiance;^tais il y avait cette différence entre lui et les mécrëans de sones pece , que notre académicien , conséquent dans ses principes ,Se contentait, dansées maladies, de souffrir et d’attendre; tandis'l u e la plupart des autres incrédules , impatiens ou timides, ontre Cours , dans les mêmes circonstances , à l’idole ou au dieuî't’ils ont blasphémé, et se laissent, comme dit Montaigne,to ‘tt discrètement manier aux créances et exemples publics. On116 saurait guère disconvenir que dans plusieurs maladies l’art1,6 soulage et ne sauve quelquefois la nature : on conviendraPlus volontiers encore que , dans un très-grand nombre d’autresj C , as 7 il la traverse et souvent la détruit en voulant l’aider ; eta f>bé Regnier aura là-dessus peu de contradicteurs. La seulepanière sûre de décider cet ancien et fastidieux procès , serait^constater par l’expérience , si des peuples, dépourvus de mé-ec *ne, vivraient plus ou moins long-temps que ceux qui en ont