DE REGNIER DESMARAIS. 4 7 3
dans les Académies : Ce n’est pas le talent seul qu’il faut chercher dansun sujet, c’est le caractère ; maxime vraie en elle-même, mais dont lessols et les médiocres ne profitent que trop souvent pour repousser lestalens distingués qui leur font ombrage.
Le parti le plus sage pour l'homme de lettres philosophe qui veutvivre tranquille et heureux , c’est de suivre la maxime dont Fonlcnelle afait la règle de sa conduite. Les hommes , disait-il, sont sols , vains etmédians ; mais tels qu’ils sont, j’ai à vivre avec eux, et je me lesuis dit de bonne heure.
(5) On a plusieurs fois proposé dans les séances academiques de tra-vailler en commun à une grammaire ; mais après quelques essais de cetravail commun, on a bientôt senti l'impossibilité d’y réussir. Un telouvrage exige en effet, quant au plan général et raisonné , quant auxprincipes philosophiques , et quant à la manière de traiter les différentesparties de la grammaire, des discussions épineuses et profondes surlesquelles il est souvent impossible à un corps de s’accorder, et dontle résultat, dressé au nom de la compagnie, sera toujours très-défec-tueux par la nécessité d’y concilier bien ou mal les différons avis. Lesdécisions et les travaux qu’un corps produit en commun , surtout lorsquel’objet doit embrasser un grand nombre de branches à la fois , ontl’inconvénient inévitable d’entraîner beaucoup d’imperfections et de né-gligence. Il n’en est pas de même des travaux dont 1 objet ne demandeà être considéré que par petites parties, comme la révision desarticles du dictionnaire, et l’examen grammatical des bons auteursfrançais. Ce sont aussi les deux principaux objets dont la compagnies’est occupée, et les seuls peut-être dont elle puisse s’occuper en corps.Le public peut juger , à chaque édition du dictionnaire, du travail assidude l’Académie pour améliorer et enrichir cet ouvrage ; et il ne seraitpas difficile de mettre le même public en état d’apprécier les remarqueslaites par la compagnie sur nos bons auteurs. Dans ce double travail,°n n’a presque jamais à décider que des questions isolées et particulières,susceptibles d’être examinées avec plus de détail par la compagnie en-tière que par quelqu’un de ses membres, parce que chacun peutapporter à cet examen les lumières , les connaissances et les vues parti-culières que ses réflexions, ses éludes et ses lectures ont pu lui fournir.Avouons cependant qu’un tel travail, par la multitude même de ceuxfini y concourent, doit laisser encore beaucoup à désirer. On ne con-naît que trop par expérience combien la vente la plus incontestable aQuelquefois de peine à s’établir dans des assemblées , meme assez peuNombreuses. Prenez douze à quinze hommes qui tous en particulier aient1 esprit droit et juste ; rasscmblcz-les , donnez-leur quelque objet à dis-cuter , vous serez souvent étonné de voir a quel point ils s’égarerontdans leurs raisonnemens cl leurs décisions. J ai ouï dire au prince lePlus célèbre de nos jours par ses victoires, qu il n avait assemblé doconseil de guerre qu’une seule fois , et qu ayant entendu déraisonnerCa us ce conseil des généraux d’ailleurs très-éclairés, il avait juré de