DU CARDINAL D’ESTRÉES. 483
el si pieuses. Le zèle du négociateur en cette circonstance dé-mentit hautement une maxime injurieuse à l’épiscopat et à lapourpre , avancée dans plus d’une occasion par des politiquessoupçonneux ; il prouva qu’un prélat cardinal peut servir très-fidèleinent son souverain, et qu’on peut être princevde l’Egliseromaine sans oublier qu’on est Français. Chargé de traiter avecune cour qui, réduite à la ruse par sa faiblesse même , n’a d autresressources que de se couvrir de la peau du renard dans les mo-mens où l’ancienne Rome n’aurait montré que les ongles dulion, le prélat français sut opposer la prudence à la finesse, lamodération aux vains éclats du zèle, l’activité à la lenteur, et lavigueur à l’opiniâtreté. Il eut à traiter, peu de temps après, avecle même pape , Innocent XI, une autre affaire d’autant plus cri-tique, que ce pape réclamait un droit très-juste, celui de priverd’asile dans Rome les brigands et les malfaiteurs; le roi , quiaurait sans peine accordé cetle demande aux représentations et àl’équité, ne la refusait qu’à la hauteur et aux menaces. Le car-dinal d’Estrées réussit à tout pacifier ; mais il n’en vint à bout ,grâce aux détours insidieux de l’astuce italienne, qu’après plu-sieurs années de négociations , aussi longues et presque aussiépineuses que s’il eût été question du traité de paix le plus im-portant, après la guerre la plus opiniâtre, et pour les plusgrands intérêts.
Exercé dans la connaissance des hommes et dans l’art de ma-nier les esprits, le cardinal d’Estrées en fit un usage heureuxdans plusieurs conclaves, où son titre lui donnait le droit d’as-sister pour concourir à l’élection du chef de l’Eglise. Le Saint-Esprit, qui, au milieu des intrigues et des cabales, veille toujourssur ces assemblées ’, ne dédaigne pas, disent les théologiens,quand le bien de la religion l’exige, d’employer les moyens hu-mains pour faire réussir les choses divines; il fit servir dans cesoccasions les talens du cardinal d’Estrées à remplir les vues desa providence et de sa sagesse , en élevant toujours sur le trônepontifical le sujet que désirait un monarque zélé pour la propa-gation de la foi, et pour l’honneur de la religion catholique.
L’habile et heureux négociateur fut envoyé d’Italie en Es-pagne , au commencement du règne de Philippe Y, à qui le roiFrance, son aïeul, voulait donner pour conseil un hommeplein de sagesse et de lumières. L’ambassadeur eut à traiter dansCe tte cour, non plus avec des prêtres souples et rusés, mais , ce
# ' " Je me répons, disait S. Charles Borroinée fl Grégoire XIII, de vous avoirJ donné tua voix pour la papauté, depuis que j’ai appris les écarts de votre^ f'-nnesse. Charles, répliqua le pape sur le ton du pieux cardinal,
so }ez tranquille, le Saint-Esprit le savait avant vous. «