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lequel il était pénétré de la vénération la plus tendre. Délaissési cruellement dans sa propre patrie , l’archevêque de Cambraipouvait , en quelque sorte, la regarder comme une terreétrangère , lorsque la France , déchirée depuis dix-huit ans parune guerre malheureuse , acheva d’être désolée par le funestehiver de 1709. Fénélon avait dans ses greniers pour cent millefrancs de grains ; il les distribua aux soldats, qui souvent man-quaient de pain, et refusa d’en recevoir le prix. Le Roi, dit-il,ne me doit rien ; et dans les malheurs qui accablent le peuple,je dois , comme Français et comme évêque , rendre à l’Etatce que j’en ai reçu. C’est ainsi qu’il se vengeait de sa disgrâce.
Le charme le plus touchant de ses ouvrages est ce sentimentde quiétude et de paix qu’il fait goûter à son lecteur ; c’est unami qui s’approche de vous , et dont l’âme se répand dans laVotre ; il tempère, il suspend au moins pour un moment vosdouleurs et vos peines ; 011 pardonne à l’humanité tant d’hommesqui la font haïr, en faveur de Fénélon qui la fait aimer.
Le peu d’écrits qu’il a laissés sur la littérature est plein degoût, de finesse et de lumières. Nourri de la lecture des anciens,il sait d’autant mieux les admirer, qu’il 11e les admire pas tou-jours. Dans les auteurs qu’il cite pour modèles, les traits quivont à l’âme sont ceux sur lesquels il aime à se reposer; il semblea lors , si on peut parler ainsi , respirer doucement l’air natal, etse retrouver au milieu de ce qu’il a de plus cher.
Ses Dialogues sur Véloquence, et sa Lettre à VAcadémie Fran-çaise sur le même objet, renferment les principes les plus sainssur l’art d’émouvoir et de persuader. 11 y parle de cet art en ora-teur et en philosophe ; des rhéteurs qui n’étaient ni l’un nil autre, l’attaquèrent et ne le réfutèrent pas j ils n’avaient étudié'iu’Aristote qu’ils n’entendaient guère, et il avait étudié la nature'lui ne trompe jamais.
Les mieux écrits de ses ouvrages , s’ils ne sont pas les mieuxtisonnés , sont peut-être ceux qu’il a faits sur le quiétisme ,C'est-à-dire sur cet amour désintéressé qu’il exigeait pour l’Ftres,, l>rême , mais que la religion désavoue. Pardonnons à celte'"ne tendre et active d’avoir perdu tant de chaleur et d'éloquences,| r un pareil sujet ; il J parlait du plaisir d’aimer. Je ne sais pas,<1 * 1 un célèbre écrivain , si Fénélon fut hérétique en assurant que^heit mérite d’être aimé pour lui-méme ; mais je sais que Fénélon'''' citait d’être aimé ainsi. Il défendait la mauvaise cause avec1111 intérêt si séduisant, que l’intrépide Bossuet, son antagoniste,** ei ’cé à lutter contre les ministres protestans les plus redouta-^ f:s , avouait «pie Fénélon lui avait donné plus de peine que les“ :,u de et iesBasnage ; aussi disait-il de l’archevêque de Cambrai