Band 
Tome deuxième.
Seite
501
JPEG-Download
 

DE FÉNELON. 5oi

celle de l’imagination, et qu’ils sont sujets à s’y méprendre. La cons-cience île Fénelon était si pure, que son imagination doit obtenir grâcesi elle a été coupable.

Madame de Sévigné comparait plaisamment les mystiques aux fauxnionnayeurs. «Ceux-ci, disait-elle, font de la fausse monnaie à force» de souiller, et les autres , des hérésies à force de s’alambiquer l’ima-» gination. Si les uns et les autres, ajoutait-elle dans une lettre à sa

» fille , méritent également la potence , je crains qu’avec votre.vous

» ne soyez au pied de celle où notre ami Corbiuelli sera pendu. » CeCorbinelli, long-temps incrédule, était devenu un mystique du pre-mier ordre, aussi outré dans sa dévotion qu’il l’avait été dans ses écartsphilosophiques. Mais la mysticité de Fénelon était plus sage, parce quesa pieté était plus éclairée.

Cette piété affectueuse et tendre ne se montrait ni pédante ni aus-tère. Il se permettait quelquefois jusqu’à îles chansons , niais où la plusrigoureuse décence et la plus pure morale dominaient toujours, et oùdes leçons utiles étaient présentées sous une forme agréable et douce.Nous citerons celle-ci pour exemple.

Iris, vous connaîtrez un jourQuel est le danger où vous êtes ;

Le mépris suit de près l’auionrQue savent donner les coquettes.

(.lierelier à vous faire estimerlîien plus qu’à vous montrer aimable;

Le faux honneur de tout charmerDétruit souvent le véritable.

Mille trompeurs, par leurs discours,

Remplis d’une perfide adresse,

Chez vous s’efforcent tous les joursDe prouver leur feinte tendresse.

Fuyez leur charme séducteur,

Tôt ou tard il devient funeste;

L’oreille est le chemin du coeur,

Et toujours le cœur l’est du reste.

Son aimable sensibilité se répandait toute entière sur les autres, sansaucun retour sur lui-même, car elle ne l'empêchait pas d’etre juste à^égard de scs adversaires. Nous avons dit, dans son éloge , avec quellecandeur et quelle vérité il vantait l’éloquence et le savoir de Bossuet, dansÉ temps même où il croyait avoir le plus à se plaindre de lui.

(5) Comme cette lettre n’a jamais été imprimée, et qu’elle est tres-httéressante, non-seulement par son objet, mais par la vérité et lav 'oueur avec laquelle elle est écrite, nous la donnons ici fidèlementh'anscritc sur l’original, qui est de la propre main de Fénélon ; on yj C| naique plusieurs ratures et corrections qui prouvent qu’il en était

au teur. A la tête de la lettre, on lit cette note d’une main inconnue •