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Tome deuxième.
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DE FÉNELON. 5o5

niagistrats sont avilis et épuisés. La noblesse , dont tout le bien est çndécret, ne vit que de lettres d’État. Vous êtes importuné de la loulede gens qui demandent et qui murmurent. C’est vous - même, sire ,qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car tout le royaume ayant étét’uiné , vous avez tout entre vos mains , et personne ne peut plus vivreque de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu’onUous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serait°n effet, si les conseils flatteurs ne l’avaient point empoisonné.

» Le peuple même , il faut tout dire, qui vous a tant aimé, qui aou tant de confiance en vous, commence à perdre l’amitié , la confianceet même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne réjouissent plus ;>1 est plein d’aigreur et de désespoir. La sédition s’allume peu à peude toutes parts. Ils croient que vous n’avez aucune pitié de leurs maux ;que vous n’aimez que votre autorité et votre gloire. Si le roi, dit-on,avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sagloire à leur donner du pain et à les faire respirer après tant de maux ,qu’à garder quelques places delà frontière qui causent la guerre? Quelle'éponse à cela? sire. Les émotions populaires, qui étaient inconnuesdepuis si long-temps , deviennent fréquentes. Paris même, si près dev °us, n’en est pas exempt. Les magistrats ‘ sont contraints de tolérerl insolence des mutins, et de faire couler sous main quelque monnaiepour les apaiser. Ainsi, ou paie ceux qu’il faudrait punir. Vous êtest’eduit à la honteuse et déplorable extrémité, ou de laisser la sédition'•npmiic et de l’accroître par cette impunité , ou de faire massacrer avec^humanité des peuples que vous mettez au désespoir, en leur arrà-cliant, par vos impôts pour cette guerre , le pain qu’ils tachent de ga-gner à fa sueur de leurs visages.

» Mais pendant qu’ils manquent de pain, vous manquez vous-mêmed’argent, et vous ne voulez pas voir l’extrémité où vous êtes réduit ;Parce que vous avez toujours été heureux, vous ne pouvez vous ima-g’uer que vous cessiez jamais de l’être. Vous craignez d’ouvrir les yeux ;>Q Hs craignez qu’on no vous les ouvre ; vous craignez d’être réduit àli, hallre quelque chose de votre gloire : cette gloire , qui endurcit votre^asur , Vous est plus chère que la juslice , que votre propre repos , que■* conservation de vos peuples , qui périssent tous les jours des mala-dies causées par la famine , enfin que votre salut éternel, qui est in-'■'"upatible avec cette idole de gloire.

» Voilà, sire, l’état où vous êtes. Vous vivez comme ayant un ban-d e au fatal sur les yeux : vous vous flattez sur les succès journaliers quid® décident rien, et vous n’envisagez point d’une vue générale le groses aflàircs qui tombe insensiblement sans ressource. Pendant que vous|j r enez, dans un rude combat, le champ de bataille et le canon deCll nemi ’ ; pendant que vous forcez les places, vous ne songez pas que

jj, N V eut en iGqj des émeutes causées par la cherté du pain : c’cst vraisem-“nlcrncnt l’époque de cette lettre.

Lcci semble indiquer les batailles de Stcinkerquc et de Ncrwindc en iGqa