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Tome deuxième.
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DE DAN GE AU. 55g

la vanité qui aime à le respirer. Plein d’humanité pour les mal-heureux , il prodiguait, avec une fortune médiocre, ses secoursà l’indigence , et joiguait à ses bienfaits le bienfait plus rare deles cacher. Il avait cette sage économie , sans laquelle il n’y apoint de véritablç générosité, et qui, ne dissipant jamais pourpouvoir donner sans cesse , sait toujours donner à propos. Soncœur était fait pour l’amitié, et par cette raison n’accordait pasaisément la sienne ; mais quand on l’avait obtenue, c’était pourtoujours. S’il avait quelque défaut , c’était peut-être trop d’in-dulgence pour les fautes et pour la faiblesse des hommes; défautqui, par sa rareté, est presque une vertu , et que bien peu depersonnes ont à se reprocher , même à l’égard de leurs amis. 11possédait au suprême degré cette connaissance du inonde et deshommes, que ni les livres , ni l’esprit même ne donnent au phi-losophe , lorsqu’il a négligé de vivre avec ses semblables. Jouis-sant de l’estime et de la confiance de ce qu’il y avait de plusgrand dans le royaume, personne n’était de meilleur conseilque lui dans les affaires les plus importantes. Il gardait invio-lablement le secret des autres et le sien. Cependant son Amenoble , délicate et honnête , ignorait la dissimulation , et saprudence était trop éclairée pour ressembler à la finesse. Douxet facile dans la société, mais préférant la vérité à tout, il nedisputait jamais que lorsqu’il fallait la défendre ; aussi le vifintérêt qu’il montrait alors pour elle , avait aux yeux du grandnombre un air d’opiniâtreté, qu’elle est bien moins sujette àtrouver parmi les hommes , qu'une froide et Coupable indiflé-rence.

Il rassemblait chez lui, un jour de chaque semaine, plusieursgens de lettres distingués , et d’autres personnes recommandablespar leur mérite. Peut-être serait-il à désirer, et c’était un desvœux littéraires de l’abbé de Daugeau , que ces espèces d’asso-ciations domestiques et privées, mais toujours sages et décentes ,fussent plus communes entre les gens de lettres. Elles auraient,nous ne disons pas plus d’utilité que les académies proprementdites , mais une utilité différente. Comme on y serait moinsconcentré dans un genre particulier de travail , on s’y éclai-rerait mutuellement sur un plus grand nombre de matières,peut-être même sur des objets aussi délicats qu’intéressans ,Auxquels , par une sage retenue , les académies s’abstiennent deloucher. S’il ne résultait pas. de ces conférences, comme l’ob-*ervait l’abbé de Dangeau , les ouvrages finis et terminés quePeuvent produire les corps littéraires, il eu sortirait des esquissesPlus hardies , plus animées , plus marquées peut-être au coin de^ invention et du génie. Notre académicien ajoutait que, dans