DE L’ABBÉ DE CIIOISY. 27
calchi, et le besoin que le saint-siège avait d’ùn tel pontife. Lereligieux monarque se rendit à ces remontrances, plus épisco-pales que politiques, et laissa mettre la tiare sur la tete de sonennemi. L’abbé de Choisy, pour toute récompense de la lettrequi avait produit un si bon ou si mauvais efîet , eut l’honneurstérile de baiser le premier les pieds du nouveau pape ; mais ilse repentit bientôt, comme il n’hésita point à l’avoupr, d’avoirété l’instrument faible ou efficace de cette élection. Avant memede quitter l’Italie, il fut témoin avec la douleur d’un chrétien etd’un Français, de la conduite peu mesurée du chef de l’Eglise,d’où il pensa résulter , au grand malheur de la religion , unschisme entre le saint-siège et le clergé de France. L’abbé deChoisy, se reprochant le succès de sa lettre , ajoutait que sil’imprudent Innocent XI s’était exposé à causer un tel scandale,ce n’était pas faute d’avoir reçu , au moment même de son exal-tation , des conseils aussi sages qu’inutiles : notre académicienracontait avec plaisir que, dans l’instant où le pontife venaitd’être porté sur l’autel, pour la cérémonie qu’on appelle assezimproprement adoration du pape, le cardinal Grimaldi, qui étaiten possession de ne le point flatter, s’était approché de son nou-veau maître , et avait osé lui dire , assez haut pour être entendude ses voisins , mais assez bas pour ne pas paraître manquer derespect au chef de l’Eglise : Souvenez-vous que vous êtes igno-rant et opiniâtre ; voilà la dernière vérité que vous entendrez demoi ; je vais vous adorer.
A peine de retour en France, l’abbé de Choisy fut attaquéd’une dangereuse maladie , qui lui fit faire de terribles ré-flexions ; il crut voir, comme il le raconte lui-même , la Justiceéternelle coupant le fil de ses jours, en lui demandant comptede sa vie. Cette frayeur salutaire , qui amène à sa suite la foi etle repentir, fit tout à coup de l’abbé de Choisy un chrétienpersuadé ; les mystères les plus sublimes de la religion , c’esttoujours lui qui parle, lui parurent clairs et sans nuages ; il nedésira de vivre que pour les croire , et pour faire pénitence.Un ecclésiastique de ses amis , qui ne l’avait point quittépendant le danger où il était , avait fortifié par ses instructionsla foi tremblante du malade; il continua ces salutaires instruc-tions au néophyte convalescent ; et le premier usage que l’abbéde Choisy fit de sa santé, fut de publier le résultat de leurs con-versations , en quatre dialogues , sur Vimmortalité de Vunie ,' sur l existence de Dieu, sur le culte qu’on lui doit, et sur laProvidence ( 4 ).
L ouvrage eut beaucoup de succès , et fut lu avec plaisir parceux m'eme qu’il 11e convertit pas ; il ne déplut guère qu’au fou-