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Tome troisième.
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28 ÉLOGE

gueux ministre Jurieu. Ce prédicant fanatique repoussa avec saviolence et son absurdité ordinaire les traits que l’abbé de Choisyavait cru devoir lancer contre la secte protestante ; secte infor-tunée , qui, déjà trop faible contre la réunion qu’on avait faitedes missionnaires soldats aux missionnaires prêtres pour la ré-duire et la confondre, joignait encore à ce malheur celui d’avoirtra visionnaire pour défenseur et pour apôtre. L’auteur critiqué,et, ce qui était plus fâcheux pour ce censeur atrabilaire , le pu-blic des deux religions laissa Jurieu exhaler son fiel et débiterses folies , et l’abbé de Choisy eut le bonheur de n’avoir pointd’autre adversaire.

L’incrédule, revenu de ses erreurs, exécuta le précepte del’Evangile : Quand vous serez converti , songez à convertir vosfrères. Il se sentit animé du zèle le pl us ardent pour la propa-gation de la foi, et l’occasion vint heureusement s’offrir à sonzèle. Les jésuites, qui, comme l’on sait, gouvernaient alors laconscience du roi, et qui ne gouvernent plus celle de personne ,profitant, pour l’avantage de leur société, de l'amour sincèreque Louis X1Y marquait pour la religion , persuadèrent à ceprince que le roi de Siam montrait le plus grand désir de sefaire chrétien , et proposèrent d’employer à cette bonne œuvreun de leurs pères , nommé Tacliard, missionnaire , à ce qu’ilsdisaient, des plus habiles , mais, ce qu’ils ne disaient pas , in-trigant plus habile encore. Pour donner à ce triomphe de lareligion , dont ils se rendaient garans , tout l’éclat que méritaitun si grand intérêt , ils engagèrent le monarque français à en-voyer au monarque asiatique une ambassade solennelle, à lasuite de laquelle le père Tacliard se trouverait, pour catéchiseret convertir le prince. L’abbé de Choisy, dont la ferveur étaitsincère, et qui crut de bonne foi cette mission sérieuse , désirade contribuer à une conversion si éclatante , et de partager l’hon-neur de cette brillante victoire ; il demanda instamment d’êtreenvoyé à Siam , pour expier, disail-i!, par la conquête de l’au-guste prosélyte , les écarts de sa vie passée. Le roi très-chrétiense prêta à des désirs si louables ; et comme le chevalier deChaumont était déjà nommé ambassadeur, l’abbé de Choisylui fut adjoint avec le titre , jusqu’alors inconnu, de coadjuteurd'ambassade.

Pendant la route il essaya de se distraire de l’oisiveté du na-vire , en écrivant ce journal de son voyage qu’on lit encore tousles jours avec plaisir (5). Cet ouvrage néanmoins, si même il mé-rite ce nom , n’est ni instructif, ni utile , ni intéressant par sonobjet; l’auteur n’y parle guère que du temps qu’il fait chaquejour, des vents qui soufflent, des tempêtes ou des calmes qu’il