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Tome troisième.
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DE L’ABBÉ DE CIIOISY. :>.<)

essuie, et de quelques événemens très-peu importuns arrivéssur le vaisseau : cependant il plaît, il amuse, il attache mêmequelquefois: on voyage avec lui, on est présent à tout ce qu'ilraconte ; et quand la lecture est achevée , on regrette que cettelongue route ne l’ait pas été davantage. C’est que l’auteur a unmérite infaillible pour être lu, le mérite rare de faire conversa-tion avec son lecteur, d’être pour lui, si ou peut parler de lasorte, une compagnie de réserve, toujours prête à lui servir deressource en quelque situation qu’il se trouve , content ou mal-heureux , gai ou triste , malade ou en santé. C’est surtout unelecture de convalescent, parce qu’elle donne à l’àme ou plutôtà l’esprit, le degré de mouvement nécessaire pour le bercer lé-gèrement sans le fatiguer. Un roman , une tragédie touchent ,miais agitent; une histoire afflige souvent ; un bon ouvrage delittérature instruit et plaît, mais applique; le journal de l’ahbede Choisy n’occupe jamais et réveille toujours , sans qu’il enreste néanmoins aucune impression forte ni durable. Le ca-ractère propre des bons écrivains est de faire penser beaucoup ,celui de l’abbé de Choisy est d’en distraire , et presque d’enempêcher ; mais on lui sait gré de cette distraction , si favorableà la paresse naturelle , et à ce plaisir de végéter doucement,auquel presque tous les hommes se borneraient, s’ils ne crai-gnaient de sentir d’une manière trop pénible l’insipidité de leurexistence. On peut comparer le livre dont nous parlons, à ccsjeux d’enfant qui faisaient, dit-cn , le divertissement du pèreMalebranclie , par cette raison bien digne d’un philosophe ,qu’ils lui offraient un délassement nécessaire , sans laisser dansson âme aucune trace dès qu’ils étaient cessés.

Arrivé à Siatn , le zélé voyageur sut bientôt à quoi s’en tenirsur le projet de conversion du roi indien , qui ri’avait jouécette comédie , dont le père Tachard s’était fait le docteur , quepour attirer dans ses États une ambassade utile à quelques vuesde commerce, que les jésuites se promettaient bien de rendreutiles pour eux (6). L’abbé de Choisy fit une autre découverte,beaucoup plus mortifiante pour son amour-propre. Il vit qu’iln’était, ainsi que le chevalier de Chaumont, qu’un personuagede théâtre, et que ces pères avaient tout le secret de l’arnha:-sade, secret qui était bien plus celui de la société que de la coi rde France; car Louis XIY désirait bien plus réellement de voirle roi de Siam chrétien, que le père Tachard ne songeait à ytravailler. Ces fâcheuses observations ne rendirent pas le séjourde Siam fort agréable à l’abbé de Choisy, il ne soupira plisqn’après le moment de son départ. Il ne fut néanmoins pleine-ment instruit qu’à son arrivée en France, de tous les tours que