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Tome troisième.
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3 o ÉLOGE

le jésuite lui avait joués. Mais quand je me vis , disait-il,dans mon bon pays , je fus si aise , que je ne voulus de mal àpersonne.

Ne pouvant à Siam être apôtre comme il le désirait, et 11e sesentant pas le courage d’y être martyr , il crut au moins sanc-tifier le séjour qu’il y fit, en l’employant à se faire prêtre , caril ne l’était pas encore ; il n’avait même que la tonsure lorsqu’ilarriva à Siam ; mais il se félicite dans son journal d’avoir bienréparé le temps perdu ; car il nous apprend qu’il reçut les quatremineurs le 7 décembre , fut sous - diacre le 8 , diacre le 9 , etprêtre le 10 (7). Nous ne rapportons cette circonstance singu-lière que pour lui tenir compte des réflexions édifiantes qu’il faitdans le même journal sur cette ordination, et de la frayeur re-ligieuse avec laquelle il en parle. Le nouveau prêtre était si pé-nétré de la sainteté de son état, qu’il n’osa dire sa premièremesse qu’au bout d’un mois sur le vaisseau qui le reportait enFrance. Ce délai, qui lui avait semblé très-long pour sa ferveur,aurait pu paraître à un directeur sévère, un peu court pour sapréparation. Il remplit d’ailleurs très-assidûment sur ce vaisseaules fonctions de son ministère , par les fréquentes prédicationsqu’il faisait à l’équipage; son journal nous assure qu’il y réussis-sait à merveille , et que ses exhortations produisaient beaucoupde fruit parmi les matelots. Il se consola le mieux qu’il put, parce petit succès , d’un autre dégoût qu’il avait encore essuyé avantson départ. Il avait espéré un moment d’être chargé par le roide Siam de quelques complimens pour le pape , et de porter auxpieds du pontife des hommages dont le saint-siège et l’Église au-raient pu tirer quelque gloire ; mais cette espérance s’évanouitencore ; il y fallut renoncer, et se résoudre à n’apporter de com-plimens du roi de Siam qu’au cardinal de Bouillon. Pour comblede malheur, ces complimens causèrent un nouveau chagrin àl’abbé de Choisy , qui s’en était chargé avec empressement , etles avait même assez vivement sollicités ; il connaissait ce car-dinal, son ancien bienfaiteur, pour un homme vain et glorieux;et la reconnaissance du protégé croyait s’acquitter avec usure encaressant l’amour-propre du protecteur par des témoignages d’es-time venus de si haut et de si loin. Mais pendant son voyage , le cardi-nal deBouillon,sibientraitéàla cour de Siam, avait été exilé de cellede France; on persuada à Louis XIV que son ambassadeur au-rait dû savoir ce qui se passait à Versailles pendant qu’il était àSiam; le monarque trouva très-mauvais que l’abbé de Choisyeût ménagé cette petite distinction à un sujet disgracié par sonmaître, et s’en expliqua avec assez de mécontentement, pourque l’ambassadeur effrayé se pressât de quitter la cour ; il vint