DE L’ABBÉ DE CÏIOISY. 3i
se jeter à Paris dans le séminaire des Missions étrangères , oùil nous assure qn 'apres une demi-heure d’oraison au pied desautels ?il eut le bonheur d’oublier sa disgrâce.
Néanmoins, quelque bonne contenance qu’il s’efforçât d’op-poser à l’infortune, il sentait trop pour son malheur que la fa-veur était le seul bien qui pût le rendre heureux , et que la reli-gion ne faisait tout au plus que le consoler ; il était donc toujourssecrètement tenté de retourner à Versailles , et ne cherchaitqu’un prétexte pour y reparaître avec décence. Ce fut pour rem-plir cette vue qu’il fit dans son séminaire une Vie de David etune traduction des Psaumes , qu’il avait dessein de présenter àLouis XIV; il la présenta en effet, et il eut même la douce satis-faction d’être assez bien reçu. Il est vrai qu’il avait prisune très-sageprécaution, celle de se faire introduire par le P. de La Chaise,qui jouissait alors du plus grand crédit, et dont la faveur étaittrès-recherchée non - seulement par tous les dévots de la cour ,mais par ceux qui, comme l’abbé de Choisy, désiraient au moinsde le paraître.
Cette heureuse démarche le fit si pleinement rentrer en grâce,que l’Académie Française , qui n’eût osé faire un choix peuagréable à son protecteur, l’élut au bout de quelques mois pourun de ses membres. Son discours de réception fut très-goûté.L’éloge du cardinal de Richelieu , qu’il fit dans ce discours, sui-vant l’usage , eut surtout beaucoup de succès. Ce cardinal, sinous en croyons le P. Bouliours , n’a jamais été mieux loué, etle jésuite nous assure que du vivant de ce grand ministre , unetelle louange n’aurait pas été perdue ; mais le grand ministreétait mort : le monarque qui lui avait succédé ne payait delouanges que celles qu’il recevait ; et il fallut que l’abbé deChoisy, si applaudi par ses auditeurs et par le P. Bouliours, secontentât do cette fumée pour toute récompense.
Le nouvel académicien se rendit très-utile à la compagnie, enpartageant avec assiduité et avec ardeur le travail dont elle étaitalors occupée. Il rédigea même par écrit une espèce de journalde ce qui se passait dans les assemblées, des questions gramma-ticales qu’on y discutait, et des décisions qui en résultaient (8) ;l’Académie ne jugea pas à propos de publier dans le temps cepetit journal , parce qu’il lui parut écrit avec trop peu de gra-vite. Cependant un grave académicien , mais apparemmentmoins grave encore que nos prédécesseurs 1 , le mit au jouril y a environ vingt années , et long-temps après la mort de1 abbé de Choisy. La lecture de cet écrit, qui semble ne pro-
1 L’abbc d’Olivct, qui a imprime ce journal de l’abbe de Choisy dans unrecueil intitule : Opuscules sur la Langue française. Paris, f-âj.