3a - ÉLOGE
mettre que des discussions arides et ennuyeuses , est beaucoupplus agre'able qu’on ne devrait s’y attendre. L’auteur a tempéréla sécheresse du sujet par la légèreté du style , par l’espèce devie et d’intérêt qu’il donne à son récit, enfin par quelques traitset par quelques anecdotes qui y répandent du mouvement et dela variété. C’est peut-être le seul ouvrage de grammaire dont onpuisse dire qu’il instruit et qu’il amuse tout à la fois ; et ce n’estpas un petit éloge dans un genre d’écrire où souvent le lecteurse trouve très-fatigué sans avoir rien appris.
La Vie de David , que l’abbé de Clioisy avait présentée àLouis XIY , n’était proprement qu’un panégyrique du roi deFrance sous le wom du roi d’Israël. On imagine aisément tousles traits de ressemblance que l’auteur trouve entre les deuxprinces. L’écrivain courtisan ne s’en tint pas là; il fit une vie deSalomon , qui lui fournit encore un nouveau parallèle à la louangedu roi, principalement lorsqu’il parle de la magnificence dumonarque juif, de la richesse de ses maisons royales, de sa pro-fonde sagesse, et de la majesté avec laquelle il donnait audienceaux ambassadeurs des rois des Indes.
De l’histoire de David et de Salomon , l’ahbé de Choisy passaà celle de Philippe de Valois et du roi Jean , qui ne ressem-blaient guère l’un et l’autre à Salomon ni à David ; il écrivitensuite la vie de Charles V , dit le Sage , le vrai Salomon de laFrance; et enfin celle de Charles YI, époque bien remarquable ,mais en même temps bien affligeante dans nos annales , époquequi ne doit qu’aux larmes de nos pères le triste droit qu’elle ade nous intéresser, et à laquelle, comme dit très-bien Yoltaire ,il faut renvoyer les honnêtes gens qui regrettent toujours lestemps passés. Nous ne devons pas oublier, pour l’honneur del’abbé de Choisy , un trait de franchise et presque de courage ,qui lui échappa pendant qu’il travaillait à la vie de cet infor-tuné monarque. M. le duc de Bourgogne lui demanda un jourcomment il ferait pour dire que Charles YI était fou : mon-seigneur, répondit-il sans hésiter, je dirai qu’il était fou (g).Le petit-fils de Louis XIY, tout élevé qu’il était par Fénélon ,par Beauvilliers et par l’abbé Fleury , n’avait pu se persuadersans doute que l’historien d’un roi ne doit à sa mémoire que lavérité , tant les funestes impressions que les princes ont le mal-heur de recevoir dès le berceau, résistent aux leçons des plus ver-tueux instituteurs. L’abbé de Choisy, tout glorieux de sa ré-ponse ,-aimait à la raconter comme le plus beau trait de sa vie.11 la rapprochait avec complaisance de celle du caustique Méze-rai à Louis XIV, qui lui demandait pourquoi il avait fait deLouis XI un tyran ; Pourquoi l’était-il? répondit l’historien.